
















Mes visites d’aujourd’hui sont à double fin, car tous les bâtiments que j’ai visités sont d’époque coloniale. Soit ils ont conservé leur fonction initiale, comme le lycée Marie-Curie ou l’église du Sacré-Cœur, soit ils ont aujourd’hui une autre fonction comme le musée des Beaux-Arts qui occupe trois anciennes maisons coloniales, voire l’ancienne villa de l’évêché de Saïgon.
J’ai commencé par les musées et par celui d’Hô Chi Minh, dont je n’avais pas vu, dans ma revue générale, qu’il était autrefois le siège des Messageries Maritimes et Fluviales, ce qui a accru notablement mon intérêt, car bien sûr mon grand-père y est venu. C’est une fois qu’on se trouve au premier étage que l’on réalise que ce bâtiment a une vue imprenable sur le port. Le port ayant perdu son intérêt stratégique, il n’occupe plus qu’une place secondaire dans la ville. D’ailleurs, il n’y a pas foule de bateaux dans le port ! La comparaison avec la photo ancienne que j’ai reproduite parle d’elle-même.
Le musée Hô Chi Minh nous montre l’enfance d’Hô Chi Minh en reproduisant les maquettes des maisons de ses parents et grands-parents, son départ pour la France en 1911 sur un bateau français, L’Amiral Latouche-Tréville, comme aide-cuisinier. Il parcourt ensuite l’Europe, mais aussi l’Afrique, les États-Unis, va en Amérique du Sud pendant la guerre de 1914-1918. Il se formera au communisme politique par de longs séjours en URSS et en Chine, sera emprisonné à Hong Kong et ne reviendra au Vietnam qu’en 1941. Il profitera de la défaite française de 1940 pour intensifier son action, puis la défaite japonaise pour déclarer l’indépendance de son pays.
Le musée éclaire assez bien la vie politique d’Hô Chi Minh, mais en fait aussi un personnage quasi sacré, car pierre angulaire du pouvoir actuel.
Il n’y a rien en revanche au sujet des Messageries Maritimes, la personnalité centrale d’Hô Chi Minh ne le permettant pas. En outre, comment concilier la vie du libérateur de la patrie avec l’existence d’une entreprise coloniale notoire ? Il faudra encore du temps et un autre régime politique pour qu’il soit laissé une place à cette période de notre histoire, qu’on le veuille ou non, partagée. À dessein, j’ai alterné les photos concernant la vie d’Hô Chi Minh avec celles du bâtiment lui-même, puisque ce dernier présente un bon exemple d’architecture de la période Art déco, comme beaucoup de bâtiments coloniaux.
J’adopte la même méthode pour vous parler du musée des Beaux-Arts, qui occupe trois anciennes villas coloniales. La première, qui est aussi la plus vaste et la plus belle, est consacrée aux expositions permanentes d’œuvres de peinture contemporaine. Il y a beaucoup d’œuvres influencées par le thème de la résistance tant contre les Français que contre les Américains. Ce sont des œuvres « patriotiques », hagiographiques, voire de propagande. On y retrouve Hô Chi Minh, ses soutiens de la première heure, des représentations de lui-même ou d’actions notables. On trouve également des œuvres de commande ou récompensées par le régime. Il y a enfin des œuvres abstraites ou figuratives qui n’entrent dans aucune des catégories citées, et je vous ai mis des exemples, choisis en fonction de mes goûts et des thèmes évoqués. C’est pourquoi ces photos n’ont d’autre légende que la catégorie à laquelle je les ai assignées.





















Je me suis aussi intéressé aux éléments d’architecture qui ne sont pas l’objet du musée, mais qui sont caractéristiques de l’époque à laquelle les villas appartiennent. Il en est ainsi des vitraux, des rampes ou des garde-corps de fenêtres en fer forgé, voire des ascenseurs.


Comme vous pouvez le déduire du nombre de photos prises de cette exposition, j’en ai peu goûté les œuvres ! Je regrette de ne pas avoir pris d’autres œuvres de Kim Bach, unique représentante, par mon choix, de cette exposition ! En revanche, je n’ai pu résister à l’envie de photographier pour vous la verrière ainsi que la ferronnerie de l’entrée, qui oscille entre l’Art nouveau et l’Art déco, le lustre entrant plutôt dans la deuxième catégorie.

La dernière villa, plutôt Art nouveau, rassemble la collection d’art traditionnel khmer et vietnamien du VIIe au XXe siècle. Le Vietnam a été à une époque occupé par les Khmers du Cambodge, ce qui explique le cousinage des œuvres et bien sûr des divinités avec celles que nous avons rencontrées dans ce pays. Le musée, ceci dit, n’est pas très riche et renferme surtout beaucoup d’œuvres du XXe siècle.






Là encore, la forme déborde le fond, si je puis m’exprimer ainsi; la forme étant ici le bâtiment, et le fond, les objets exposés. À ce sujet, j’ai remarqué quelques manques sur les verrières, ce qui est regrettable, car leur préservation me paraît présenter un intérêt patrimonial indéniable, d’autant que les ensembles comme celui-ci ne sont peut-être pas légion à Saïgon.







Décidément, à chaque église son gardien, souvent plus royaliste que le roi. Ainsi, bien que, ou plutôt parce que, nous sommes un dimanche, l’église est interdite à tous, alors même qu’elle est ouverte et que certains y entrent.
Je vais donc voir le gardien pour en connaître les raisons. Il invoque d’abord la nécessité d’être catholique, ce que je confirme être le mien, puis précise qu’il faut venir prier, ce dont je l’assure également. À bout d’arguments, il me laisse entrer, tout en laissant à la porte tous les autres, croyants ou incroyants, ou tout simplement moins entreprenants. C’est assez singulier qu’un pouvoir, par essence laïque, voire un temps anticlérical, soit plus impitoyable que Jésus avec les marchands du Temple. Mais revenons à notre église d’un rose assez kitsch et dont l’intérieur, haut en couleur, semble neuf ; elle n’en constitue pas moins, avec la poste, l’opéra et l’ancienne mairie, un des fleurons de cette époque coloniale. Une fois de plus, on peut constater la qualité de restauration de tous ces édifices et s’en féliciter, car ils donnent à cette ville un caractère unique.


Je cherchais en vain l’ancienne résidence de l’évêché, que j’ai finalement trouvée ailleurs que là où mon GPS me la signalait, mais sur ma route, comme une providence ! Cette bâtisse d’époque coloniale est signalée comme ancienne résidence de l’évêché, mais ne se visite pas, semble-t-il. Je ne connais pas sa fonction, mais elle est parfaitement entretenue de même que ses jardins, ce qui est à souligner.

Ainsi se termine ce voyage extraordinaire, qui m’a apporté énormément de plaisir et souvent des moments d’émotion. Je ne pensais pas qu’à une telle distance de l’époque vécue par mon grand-père, je trouverais encore tant de traces vivantes. Vous vous doutez peut-être que j’aurai envie de revenir pour revoir certains lieux, traversés trop vite ou délaissés faute de temps.
J’espère que mon prisme, comme une antienne ou un leitmotiv, ne vous aura pas trop lassés, et, si c’est le cas, veuillez m’en excuser : c’est le fait de l’histoire de ma famille, histoire vécue et rêvée.





























































































































































































































































































































