Catégorie : Sud (Cochinchine)

  • Saïgon – 21 décembre 2025

    Musée Hô Chi Minh et anciennes Messageries Maritimes et Fluviales
    Avec la statue d’Hô Chi Minh
    Entrée du musée – Messageries
    Portes et volets
    Sorte d’autel à la gloire d’Hô Chi Minh
    Le départ en France
    La déclaration d’indépendance
    Le Latouche-Tréville qui emporte Hô Chi Minh en France
    Les pérégrinations d’Hô Chi Minh à travers le monde
    Hô Chi Minh lisant L’Humanité
    Un couloir des Messageries
    La rampe de l’escalier des Messageries
    La maison d’Hô Chi Minh à Paris
    Le vestibule à l’étage avec vue sur le port
    Pousse-pousse reconstitué
    Le port depuis les Messageries
    Vue ancienne des Messageries

    Mes visites d’aujourd’hui sont à double fin, car tous les bâtiments que j’ai visités sont d’époque coloniale. Soit ils ont conservé leur fonction initiale, comme le lycée Marie-Curie ou l’église du Sacré-Cœur, soit ils ont aujourd’hui une autre fonction comme le musée des Beaux-Arts qui occupe trois anciennes maisons coloniales, voire l’ancienne villa de l’évêché de Saïgon.

    J’ai commencé par les musées et par celui d’Hô Chi Minh, dont je n’avais pas vu, dans ma revue générale, qu’il était autrefois le siège des Messageries Maritimes et Fluviales, ce qui a accru notablement mon intérêt, car bien sûr mon grand-père y est venu. C’est une fois qu’on se trouve au premier étage que l’on réalise que ce bâtiment a une vue imprenable sur le port. Le port ayant perdu son intérêt stratégique, il n’occupe plus qu’une place secondaire dans la ville. D’ailleurs, il n’y a pas foule de bateaux dans le port ! La comparaison avec la photo ancienne que j’ai reproduite parle d’elle-même.

    Le musée Hô Chi Minh nous montre l’enfance d’Hô Chi Minh en reproduisant les maquettes des maisons de ses parents et grands-parents, son départ pour la France en 1911 sur un bateau français, L’Amiral Latouche-Tréville, comme aide-cuisinier. Il parcourt ensuite l’Europe, mais aussi l’Afrique, les États-Unis, va en Amérique du Sud pendant la guerre de 1914-1918. Il se formera au communisme politique par de longs séjours en URSS et en Chine, sera emprisonné à Hong Kong et ne reviendra au Vietnam qu’en 1941. Il profitera de la défaite française de 1940 pour intensifier son action, puis la défaite japonaise pour déclarer l’indépendance de son pays.

    Le musée éclaire assez bien la vie politique d’Hô Chi Minh, mais en fait aussi un personnage quasi sacré, car pierre angulaire du pouvoir actuel.

    Il n’y a rien en revanche au sujet des Messageries Maritimes, la personnalité centrale d’Hô Chi Minh ne le permettant pas. En outre, comment concilier la vie du libérateur de la patrie avec l’existence d’une entreprise coloniale notoire ? Il faudra encore du temps et un autre régime politique pour qu’il soit laissé une place à cette période de notre histoire, qu’on le veuille ou non, partagée. À dessein, j’ai alterné les photos concernant la vie d’Hô Chi Minh avec celles du bâtiment lui-même, puisque ce dernier présente un bon exemple d’architecture de la période Art déco, comme beaucoup de bâtiments coloniaux.

    J’adopte la même méthode pour vous parler du musée des Beaux-Arts, qui occupe trois anciennes villas coloniales. La première, qui est aussi la plus vaste et la plus belle, est consacrée aux expositions permanentes d’œuvres de peinture contemporaine. Il y a beaucoup d’œuvres influencées par le thème de la résistance tant contre les Français que contre les Américains. Ce sont des œuvres « patriotiques », hagiographiques, voire de propagande. On y retrouve Hô Chi Minh, ses soutiens de la première heure, des représentations de lui-même ou d’actions notables. On trouve également des œuvres de commande ou récompensées par le régime. Il y a enfin des œuvres abstraites ou figuratives qui n’entrent dans aucune des catégories citées, et je vous ai mis des exemples, choisis en fonction de mes goûts et des thèmes évoqués. C’est pourquoi ces photos n’ont d’autre légende que la catégorie à laquelle je les ai assignées.

    Église du Sacré-Cœur
    Une œuvre de Kim Bach
    En route vers le musée des Beaux-Arts
    Entrée du musée consacré à la peinture contemporaine
    Vue du côté droit
    L’ascenseur, sa grille et l’escalier
    Une belle œuvre abstraite
    Une œuvre figurative
    Une œuvre hagiographique
    Admirez les vitraux entourant cette fenêtre et le balconnet ou garde-corps en fer forgé
    Les vitraux de cette imposte et la ferronnerie
    La rampe d’escalier
    La ferronnerie Art déco
    Cette œuvre patriotique
    Œuvre descriptive des destructions dues à la guerre
    Un hommage à une guerrière
    Un hymne à la paix et à la réconciliation récompensé par le pouvoir
    Une belle œuvre abstraite
    Lutte contre l’envahisseur américain
    Véranda ou galerie avec vue sur les autres bâtiments
    Cour intérieure et vue des bâtiments

    Je me suis aussi intéressé aux éléments d’architecture qui ne sont pas l’objet du musée, mais qui sont caractéristiques de l’époque à laquelle les villas appartiennent. Il en est ainsi des vitraux, des rampes ou des garde-corps de fenêtres en fer forgé, voire des ascenseurs.

    Les deux musées des Beaux-Arts
    Une belle verrière en vitrail et son lustre

    Comme vous pouvez le déduire du nombre de photos prises de cette exposition, j’en ai peu goûté les œuvres ! Je regrette de ne pas avoir pris d’autres œuvres de Kim Bach, unique représentante, par mon choix, de cette exposition ! En revanche, je n’ai pu résister à l’envie de photographier pour vous la verrière ainsi que la ferronnerie de l’entrée, qui oscille entre l’Art nouveau et l’Art déco, le lustre entrant plutôt dans la deuxième catégorie.

    Pris dans l’autre sens, admirez le carrelage

    La dernière villa, plutôt Art nouveau, rassemble la collection d’art traditionnel khmer et vietnamien du VIIe au XXe siècle. Le Vietnam a été à une époque occupé par les Khmers du Cambodge, ce qui explique le cousinage des œuvres et bien sûr des divinités avec celles que nous avons rencontrées dans ce pays. Le musée, ceci dit, n’est pas très riche et renferme surtout beaucoup d’œuvres du XXe siècle.

    La troisième villa Art nouveau consacrée à l’art khmer
    Une splendide verrière en vitrail Art nouveau
    Éléphant du VIIe/VIIIe siècle
    Statue de Ganesha VIIe /VIIIe siècle
    Céramique du XIXe siècle, en réalité pot à bétel
    Verrière en vitrail et rampe en fer forgé

    Là encore, la forme déborde le fond, si je puis m’exprimer ainsi; la forme étant ici le bâtiment, et le fond, les objets exposés. À ce sujet, j’ai remarqué quelques manques sur les verrières, ce qui est regrettable, car leur préservation me paraît présenter un intérêt patrimonial indéniable, d’autant que les ensembles comme celui-ci ne sont peut-être pas légion à Saïgon.

    Église catholique à Saïgon
    Bel hôtel de type colonial
    Église du Sacré-Cœur
    Église du Sacré-Cœur
    Intérieur vue de l’entrée de la nef
    Vue du chœur
    Détail des vitraux

    Décidément, à chaque église son gardien, souvent plus royaliste que le roi. Ainsi, bien que, ou plutôt parce que, nous sommes un dimanche, l’église est interdite à tous, alors même qu’elle est ouverte et que certains y entrent.

    Je vais donc voir le gardien pour en connaître les raisons. Il invoque d’abord la nécessité d’être catholique, ce que je confirme être le mien, puis précise qu’il faut venir prier, ce dont je l’assure également. À bout d’arguments, il me laisse entrer, tout en laissant à la porte tous les autres, croyants ou incroyants, ou tout simplement moins entreprenants. C’est assez singulier qu’un pouvoir, par essence laïque, voire un temps anticlérical, soit plus impitoyable que Jésus avec les marchands du Temple. Mais revenons à notre église d’un rose assez kitsch et dont l’intérieur, haut en couleur, semble neuf ; elle n’en constitue pas moins, avec la poste, l’opéra et l’ancienne mairie, un des fleurons de cette époque coloniale. Une fois de plus, on peut constater la qualité de restauration de tous ces édifices et s’en féliciter, car ils donnent à cette ville un caractère unique.

    Ancienne Résidence de l’évêché
    Maison de type colonial

    Je cherchais en vain l’ancienne résidence de l’évêché, que j’ai finalement trouvée ailleurs que là où mon GPS me la signalait, mais sur ma route, comme une providence ! Cette bâtisse d’époque coloniale est signalée comme ancienne résidence de l’évêché, mais ne se visite pas, semble-t-il. Je ne connais pas sa fonction, mais elle est parfaitement entretenue de même que ses jardins, ce qui est à souligner.

    Chargement de notre avion à Bangkok

    Ainsi se termine ce voyage extraordinaire, qui m’a apporté énormément de plaisir et souvent des moments d’émotion. Je ne pensais pas qu’à une telle distance de l’époque vécue par mon grand-père, je trouverais encore tant de traces vivantes. Vous vous doutez peut-être que j’aurai envie de revenir pour revoir certains lieux, traversés trop vite ou délaissés faute de temps.

    J’espère que mon prisme, comme une antienne ou un leitmotiv, ne vous aura pas trop lassés, et, si c’est le cas, veuillez m’en excuser : c’est le fait de l’histoire de ma famille, histoire vécue et rêvée.

  • Vinh Long – 20 décembre 2025

    Petits poissons au lait de coco caramélisé
    Le temple qui jouxte la guesthouse, ce matin à 6 heures
    Pont à haubans de Can Tho
    Arrivée sur le marché flottant de Can Tho
    Premiers sampans
    Transfert de marchandises, des fruits
    Marchandises en gros
    Autres bateaux de marchandises en gros
    Ramboutans, noix de coco, pomélos
    Transfert de marchandises
    Approvisionnement des touristes
    Citrouilles
    Notre repas nous est apporté d’un bateau flottant
    Ainsi que notre dessert, un ananas
    On pose pour la photo

    Ayant le regret de n’avoir pas vu de marché flottant, je m’en suis ouvert à mon hôtesse qui m’a proposé d’aller avec son mari en bateau et en voiture au marché de Can Tho. Le départ est prévu à 6 heures, aussi suis-je debout à 5 h 15 et fin prêt à l’heure dite. On se contente de traverser le fleuve pour prendre ensuite une voiture qui nous emmène à Can Tho, ville distante de Vinh Long d’environ 40 km. Nous y arrivons à 7 heures, après avoir de nouveau traversé le Mékong par le plus long pont à haubans d’Asie du Sud-Est. Can Tho est la quatrième ville du Vietnam et la plus importante du delta du Mékong. Elle aurait le plus important marché flottant du Vietnam.

    En réalité, j’ai rapidement constaté que cette pratique ancienne était en voie de disparition, et qu’il ne restait plus que des transactions destinées à des grossistes ; la distribution via les routes et grâce aux scooters approvisionne désormais le particulier, qui n’a plus besoin d’aller sur le marché flottant.

    Comme vous le constaterez sur mes photos, on rencontre soit des gros bateaux qui transfèrent des marchandises, soit des bateaux de touristes et des vendeurs de boissons, plats cuisinés et autres souvenirs pour touristes… Je n’aurai pas à regretter d’avoir sacrifié à ce qui désormais appartient au passé.

    Nous avons donc mangé du porc sucré au lait de coco caramélisé avec du riz et des pousses de bambou, pris un café et mangé chacun un demi-ananas frais, avant de faire le chemin inverse et d’arriver à 9 heures à notre guesthouse.

    Le temps de régler mes comptes avec mon hôtesse et de récupérer ma valise, et me voilà juché à l’arrière de la moto de son beau-frère, chargé de me conduire à Cai Be pour visiter les deux demeures d’époque coloniale.

    Heureusement que je continue de me contenter d’une petite valise, car c’est au moins la deuxième fois qu’elle se retrouve sur un scooter, entre les jambes du chauffeur. Elle devient plus difficile à fermer ; bien sûr je n’y ajoute que des bricoles, mais de bricole en bricole… Je prie donc pour que la fermeture éclair, qui la tient fermée, résiste jusqu’au 24 au matin !

    Arrivée du bac ou ferry
    Entrée de la maison historique de Monsieur Kiet
    Pièce principale

    La première demeure ancienne appartient à Monsieur Kiet et est dans sa famille depuis sa construction en 1838. Il est donc abusif de parler de maison d’époque coloniale, puisque la colonisation française date du Second Empire. Elle est tout à fait intéressante, car elle montre à la fois les techniques de construction de l’époque et la qualité de la décoration et des meubles, nombreux et précieux. On remarque ce qu’on avait vu à Hoi An : des panneaux à l’extérieur et peu d’ouvertures, des colonnes sur des pierres, des cloisons intérieures, un autel des ancêtres, des jardins attenants. En outre, de fines colonnes en bois sont placées en haut des murs extérieurs et cloisons, et laissent ainsi circuler l’air sans faire entrer le soleil. Cette technique, commune à cette époque et dans ces pays chauds, est ici l’occasion d’enrichir la décoration avec un goût exquis. Ajoutez à cela des cloisons et alcôves très richement ouvragées et des meubles incrustés de nacre. C’est manifestement la maison d’une personne de qualité, qui a gardé un caractère totalement vietnamien. Il est donc impropre de parler de maison à caractère colonial.

    Cette maison de Monsieur Ba Duc daterait, d’après le Guide du Routard, de 1938 ; il s’agit sans doute d’une coquille, et il faut lire 1838, la maison ayant ensuite été restaurée à l’époque coloniale. Le propriétaire que j’ai interrogé m’a indiqué 1850 ; où se trouve la vérité sur sa date de construction ? Probablement chez le propriétaire. Le précédent m’avait dit qu’il appartenait à la septième génération. En revanche, ce qui est frappant, c’est effectivement l’influence française que l’on remarque dans le vestibule et, d’une façon générale, dans l’utilisation de la pierre, des colonnes corinthiennes, de la couleur jaune.

    L’intérieur est plus conforme aux intérieurs vietnamiens, de même que les meubles, d’ailleurs proches de ceux de l’autre maison.

    La première est beaucoup plus luxueuse et possède un caractère vietnamien plus authentique ; la seconde a réussi un mariage heureux entre la tradition française et celle du Vietnam.

    Vue des meubles de l’îlot central
    Pièce principale
    Vue générale de la pièce de vie
    Niche contenant l’autel des ancêtres
    Enfilade
    Vue des colonnes incrustées de nacre
    Détail de la toiture et de l’aération de la pièce
    Meuble incrusté de nacre
    Vue extérieure de la maison
    Jardin
    Tombe d’un ancêtre assez éloigné
    Entrée de la maison de Monsieur Ba Duc
    Perron après le porche
    Une des trois commodes incrustées de nacre
    Vue du plafond et des colonnes
    Autre vue
    Vue en direction de l’entrée
    Collection de tasses en porcelaine
    Auvent
    Vue de l’autre côté
    Vue du vestibule
    Nouvelle vue de la maison

    Après quelques péripéties, parce que mon chauffeur ne trouvait pas l’arrêt du bus où il devait me conduire, j’ai pu monter « dedans » juste à temps et me voici installé dans mon nouvel hôtel à Saïgon. Je mets la dernière main à mon blog et vais ensuite réfléchir à la façon dont je vais occuper ma dernière journée pleine avant mon départ.

  • Saïgon à Vinh Long – 18 et 19 décembre 2025

    Ferry boat depuis Vinh Long vers ma guesthouse
    Arrivée sur place
    Dîner au bord du Mékong

    J’avais réservé hier une limousine, suivant l’appellation locale, autrement dit un van de 12 places tout confort. Non seulement les sièges sont en cuir, inclinables, mais surtout massants, avec toute une gamme de massages. En revanche, ladite limousine m’a déposé au milieu de nulle part ; heureusement, un moto-taxi m’a repéré et, après moult explications et avec l’aide de ma future hôtesse, a pu me conduire jusqu’au ferry. Une fois de l’autre côté du fleuve et n’ayant pu me mettre d’accord sur le prix d’un nouveau taxi moto, j’ai traîné ma valise pendant un bon kilomètre, jusqu’au bord du fleuve où se trouvait ma guesthouse. J’ai passé une partie de l’après-midi à organiser mes derniers jours au Vietnam, d’autant que les 31 degrés à l’ombre m’ont dissuadé de faire du vélo !

    Pour la journée du lendemain, mon hôte me propose quelques visites sur le Mékong avec son propre bateau, en compagnie d’une famille de quatre personnes et d’un couple de Françaises. Le jour suivant, en prenant un taxi moto, puis un autre ferry, je compte visiter deux maisons d’époque coloniale, puis revenir à Saïgon pour deux jours avant mon départ pour Bangkok le 23 décembre. Une fois mes réservations d’hôtels à Saïgon et Bangkok faites, mon billet d’avion de Saïgon à Bangkok réservé, mon blog de la veille à jour, je m’octroie un moment à la piscine où j’entreprends d’apprendre la brasse à deux petits Vietnamiens. L’eau est à la température d’une baignoire, aussi n’est-il pas nécessaire de prendre des précautions pour y entrer, de même qu’il n’est pas nécessaire de nager pour se réchauffer. Nous verrons que le climat ici est très particulier et tout à fait propice à la culture des arbres fruitiers. D’ailleurs, la chaleur incite plutôt à se mettre au frais aux heures les plus chaudes.

    Fermes piscicoles
    Ferme piscicole
    Idem
    Idem
    Confection de la matière première : sable et terre mélangés
    Réalisation d’une poterie à partir d’un moule
    Finition
    Remplissage de combustible
    Fours de poterie
    Entrée du four
    Balle de riz comme combustible du four
    Réalisations
    Vase orné des neuf bras du Mékong
    Poteries diverses
    Pomélos
    Jacquier et son fruit

    Le lendemain matin, comme convenu, nous partons en bateau de notre guesthouse et passons d’abord devant des fermes piscicoles que nous ne visitons pas. Je ne suis pas sûr que cela présente beaucoup d’intérêt!

    Notre hôte nous conduit ensuite vers une poterie à laquelle on accède par le fleuve. On entre dans un bâtiment très vaste, où nous ne voyons personne de prime abord. Nous sommes devant d’énormes fours en briques, qui utilisent comme combustible la balle de riz. Sur une des photos, se trouve le stock de celle-ci, et sur une autre le remplissage du four. Quant à la matière première, elle est constituée de sable du Mékong à hauteur de 40 % et de terre pour 60 %. Une des photos vous montre cette opération, faite manuellement par une femme et deux hommes : la femme charge le mélangeur de sable à la pelle, quand un des hommes tranche la terre qu’il ajoute à la machine. Le troisième, en permanence le dos fléchi, récupère le mélange dont il fait des tas.

    Ces blocs de terre et de sable mélangés sont ensuite apportés aux hommes, les potiers en quelque sorte, qui remplissent des moules et façonnent les vases. Ils sont accompagnés de dames qui ont en charge d’assurer la finition du vase, notamment en faisant disparaître la ligne de soudure entre les deux parties du moule. Les vases ou objets passent ensuite au four, un par un, et une fois refroidis, sont stockés avant d’être vendus. Cette usine très artisanale exporte 80 % de sa production en Europe, en Australie et aux États-Unis. Le prix de revient d’un pot de 50 cm de haut pour 30 de large environ est de 1,50 $ ! Il faut dire qu’un potier, qui travaille 8 heures par jour pendant sept jours, gagne 12 $ par jour et la femme qui assure la finition 6 $ ! On ne sait pas combien gagnent ceux qui font la tâche la plus ingrate comme la plus pénible ! D’ailleurs mes photos parlent d’elles-mêmes ; surtout quand vous pensez qu’ils ne se reposent jamais.

    Arrivée dans une plantation d’arbres fruitiers
    Fruits confits kumquats et goyaves
    Les goyaves
    L’arbre qui produit les ramboutans
    Ramboutans
    Kumquats

    Nous nous arrêtons ensuite pour goûter des ramboutans, qui ressemblent aux mangoustans, et des longanes. Ce sont tous deux des fruits qui, débarrassés de leur écorce, ressemblent au niveau texture au litchi, mais leur chair, au lieu d’être blanche, est transparente ; tous deux ont un noyau. On pouvait aussi trouver de la pomme étoilée, des kumquats en fruits confits, des jacquiers, des manguiers. Je ne vous parle pas de tous les autres fruits que produit le Vietnam, qui, sous ce rapport, en est un peu le paradis: banane, ananas, fruit du dragon, melon, pastèque, pomélos, noix de coco, durian, etc.

    Réalisation de pop-rice
    Réalisation du pop-rice
    Emballage du caramel à base de sucre et de lait de coco
    Alcool de serpent et de riz
    Ledit serpent

    J’ai oublié de vous parler d’apiculture, car nous nous sommes aussi arrêtés pour voir un apiculteur et goûter son miel en raclant du doigt un rayon ; pour ceux qui n’ont pas eu peur des abeilles, tenues ici en respect par de l’encens, c’est le côté extrême-oriental de cette apiculture. Ce qui est plus original encore, c’est que le climat est tellement propice qu’il n’y a pas de saison et que les abeilles peuvent butiner toute l’année. Il est vrai qu’ici on met le miel à toutes les sauces. Nous avons ainsi dégusté un excellent thé au jasmin, mélangé à du miel, avec une pointe de citron vert, un délice même pour moi, qui, Dieu sait, ne suis pas un grand amateur de thé. Et enfin, last but not least, on nous a proposé de déguster un alcool de riz au serpent, l’équivalent du crapaud dans « Les bronzés font du ski », ma foi délicieux !

    Fabrication du pop-rice
    Fabrication du pop-rice

    Notre prochaine et dernière étape était singulière, puisque nous avons visité une fabrique de pop-rice, autrement dit au riz ce que le pop-corn est au maïs. Comme la photo vous le montre, ce travail est purement artisanal et réclame une très grande poêle, un feu et un ou deux tamis. Car pour augmenter l’intensité du feu, on mélange du sable avec le riz ; il suffit ensuite, une fois le riz soufflé, de le tamiser pour le débarrasser de son sable. Le riz soufflé est ensuite mélangé à une base de lait de coco et de sucre, comme pour faire les caramels dont vous voyez l’emballage fait à la main. Ces deux dames emballent d’abord la friandise dans une fine feuille de riz, qui se mange, puis dans un papier un peu glacé.

    Demain, je serai à Cai Be pour visiter mes maisons d’époque coloniale.

  • Saïgon – 17 décembre 2025

    Des avenues parfois ombragées
    Palais de la Réunification
    Salle du conseil des ministres
    Salle de réception
    Salle de réception du Président
    Salle des cartes
    Hélicoptère du Président
    Vue du Palais
    Signature de l’accord de réunification du 21 novembre 1975

    Au programme de ma journée d’hier, il y avait la visite du Palais de la Réunification et du musée des Vestiges de la guerre, le musée le plus visité de Saïgon.

    Le Palais de la Réunification est connu pour les images montrant les chars défonçant les grilles du Palais le 30 avril 1975, et celle d’un soldat escaladant la façade pour remplacer le drapeau sud-vietnamien par celui, bleu et rouge, du gouvernement révolutionnaire provisoire.

    La visite, en revanche, comme en témoignent les photos, dont j’ai limité le nombre, est plutôt décevante. On nous donne à voir soit des salles vides, comme la salle de réception, soit des salles de conseil, le bureau du président et celui du vice-président, de la femme du président, sa chambre, la salle de bal, le cinéma et autre salle de jeux. Comme toutes ces pièces sont fort ordinaires, il aurait été judicieux de mettre ces lieux en contexte. Je suppose qu’on n’avait pas très envie de parler du Sud-Vietnam…

    Entrée du musée des Vestiges de la Guerre
    Les avions américains
    Les chars vietnamiens
    La photo de la petite fille brûlée au napalm qui a fait le tour du monde
    Bilan humain de la guerre au Vietnam
    Bilan des pertes subies au Nord-Vietnam
    Statue intitulée Mère
    Bilan des volumes de produits chimiques utilisés
    Transport des produits chimiques
    Pulvérisation de défoliants
    Bilan sur trois générations des effets de l’agent Orange
    Ses effets sur les combattants américains et leurs alliés
    Peinture symbolisant la force de la paix et de la réconciliation
    Peinture représentant la destruction
    Peinture représentant les effets de l’agent Orange
    Aide américaine au cours de la guerre franco-vietnamienne
    Intensité des bombardements américains au cours des guerres dont celle du Vietnam
    Char défonçant les grilles du Palais le 30 avril 1975
    Photo de presse de guerre
    Autre photo de presse de guerre
    Jeunes femmes des ethnies du Nord, symbole de paix et de bonheur retrouvé

    Le musée des Vestiges de la guerre, en revanche, vaut vraiment la peine d’être visité, tant il est riche d’informations. Il s’ouvre au rez-de-chaussée par une revue de tous les pays qui ont dénoncé la guerre du Vietnam. On ne sera pas étonné d’y retrouver tous les pays communistes de l’époque, et ils étaient nombreux, avant la chute du rideau de fer : outre tous les pays de l’Est, la Chine, principal soutien du Nord-Vietnam avec l’URSS, sans oublier l’Allemagne de l’Est et tous les autres pays communistes d’Afrique. En France, le Parti communiste soutient également Hô Chi Minh, ainsi que les autres partis communistes d’Europe.

    À ces soutiens « naturels » s’ajoutent ceux, de plus en plus nombreux, d’Américains lassés de cette guerre à outrance, menée par le président Nixon et qui semble sans issue. Mais au-delà de la propagande nécessaire au gouvernement pour conforter son pouvoir, ce musée donne à voir toute l’horreur de cette guerre, qui ne fait pas honneur à l’Amérique et, dans une moindre mesure, à la France.

    Je n’ai pu me résoudre à vous montrer les très nombreuses photos de corps déchiquetés par les bombes, ou brûlés par le napalm. De même, je n’ai photographié aucune de celles montrant des enfants nés difformes ou devenus difformes à la suite de leur exposition aux agents chimiques. Tout ceci est réellement insoutenable et j’en suis sorti hébété et avec un profond dégoût. Je leur ai préféré les bilans chiffrés de ces horreurs ou les peintures, truchements utilisés pour dire l’indicible.

    J’ai voulu terminer sur une image symbolique de la paix et de la réconciliation entre les nombreux peuples qui composent le Vietnam.

    Je suis en route ce matin pour Vinh Long où j’arriverai avant midi. Au programme : les bouches du Mékong, au sud du Vietnam.

  • Dalat à Saïgon (Hô-Chi-Minh-Ville) – 16 décembre 2025

    Dalat à Saïgon (Hô-Chi-Minh-Ville) – 16 décembre 2025

    La cathédrale Notre-Dame
    La cathédrale
    La cathédrale
    La cathédrale
    En affiche
    Idem
    Idem
    Avec un ouvrier sur le toit

    Pour la deuxième fois, mon bus est arrivé une heure trois quarts plus tôt que prévu, soit à 5 h 45 au lieu de 7 h 30 ! Mon hôtel n’ouvrant qu’à 7 h 15, je suis allé prendre un café en attendant. De toute façon, mon hôtesse ne pouvait que garder ma valise jusqu’à 13 heures. J’ai donc mis le cap sur la cathédrale, assez proche de mon hôtel, et ai eu la déception de constater que sa façade est en travaux. J’ai photographié pour vous quelques affiches, afin de vous donner une idée de son architecture. En tout cas, cela démontre que ce gouvernement remet en état la plupart des beaux édifices de l’époque coloniale. Comme j’avais le soleil en plein sur les affiches, les photos ne sont pas très bien cadrées. L’entrée de la cathédrale était impossible le matin, on me propose de revenir l’après-midi. Or, juste à côté de la cathédrale se trouve la poste, un bâtiment construit de 1886 à 1891 dont la charpente métallique est l’œuvre de Gustave Eiffel. C’est un plaisir de voir ce bâtiment, dont les couleurs, le carrelage, les ventilateurs et jusqu’au lustre nous ramènent à cette époque, d’autant qu’il existe encore un service postal à l’intérieur, qui coexiste avec une foule de boutiques souvenirs. Il est vrai qu’aujourd’hui le courrier n’a plus le vent en poupe : il est remplacé par les réseaux sociaux, voire les blogs !

    La poste
    Qui a des allures de gare
    Intérieur de la poste
    Autre vue
    Lustre plutôt Art déco

    De plus en plus séduit par cette belle ville, éloignée du cliché, lu çà et là, d’une ville américanisée ou plutôt « enchinoisée », je trouve au contraire qu’elle a su évoluer tout en mettant en valeur son patrimoine. C’est le cas de la poste, comme de la cathédrale et, nous allons le voir, de beaucoup d’autres bâtiments de l’époque coloniale.

    Parfois, ce qui est comique, c’est que certains bâtiments, qui ont changé d’affectation et sont devenus la propriété de l’État, sont réputés, dans l’esprit des fonctionnaires qui en ont la garde, ne plus faire partie de l’offre touristique et ne pas pouvoir être photographiés. J’avais ainsi repéré un très grand bâtiment de l’époque coloniale ; je m’apprête à suivre d’autres personnes qui entrent dans la cour, quand un gardien m’interpelle sans ménagement et me demande de faire demi-tour. Je m’exécute en râlant un peu et sors mon téléphone pour au moins immortaliser cet ancien palais de justice. À ce moment, mon gardien me montre le panneau qui interdit les photos ; mais le mal était fait, et le voici.

    Ancien Palais de Justice

    Hô Chi Minh, ou plutôt Saïgon, qui porte le nom de la rivière qui la traverse, la Saï Gon, a bien d’autres beaux bâtiments de cette époque, tous magnifiquement mis en valeur. Il en est ainsi de l’Opéra, qui ne se visite pas, sauf à assister à des manifestations pour voir l’intérieur. Aussi n’en verrez-vous que l’extérieur. Ce bâtiment Belle Époque fut inauguré en 1900 et ressemble au Petit Palais à Paris, qui date d’ailleurs de la même année.

    L’opéra, un peu de travers
    L’opéra pris sur le côté
    Enfants vietnamiens en uniforme
    Grand bâtiment d’époque coloniale
    L’hôtel Continental
    Bâtiment qui abrite au rez-de-chaussée la marque Louis Vuitton
    Le Rex

    En partant de l’opéra et en suivant l’avenue Nguyen Hué, les Champs-Élysées de Saïgon, ou en tout cas une avenue majestueuse, on aperçoit l’ancien hôtel de ville, aujourd’hui propriété du gouvernement. On peut le photographier, d’une part parce qu’il est gigantesque et donne sur une place, d’autre part et surtout parce qu’une statue d’Hô Chi Minh trône devant. Aussi les touristes ont-ils pris l’habitude de le photographier, ce qui ne peut déplaire en haut lieu.

    Il a été construit de 1900 à 1908 et décoré par un certain Rufien, qui le dota de plusieurs mascarons et de colonnettes corinthiennes du plus bel effet. La restauration est là aussi remarquable et on ne peut pas s’en plaindre. C’est aujourd’hui le siège du comité populaire de la ville, ce qui est justice.

    L’ancien Hôtel de Ville
    Avec l’oncle Ho
    Les colonnettes
    Les mascarons
    Les mascarons
    Les mascarons

    De là, je me suis rendu au musée de Hô-Chi-Minh-Ville, musée assez varié dans ses centres d’intérêt, mais assez confus dans son organisation et surtout sobre dans ses explications, en particulier pour des personnes éloignées de la culture vietnamienne.

    Mobilier et art vestimentaire
    Des couloirs « dans leur jus »
    Très joli vase
    Une belle échappée du couloir sur un arbre vénérable
    La rue autrefois appelée La Grandière
    L’opéra
    La rivière Saï Gon
    Saï Gon en 1868
    La bataille de Diên Biên Phu
    L’implication des Vietnamiens dans la guerre
    Hommage aux combattants
    Armes et matériels français
    Allégorie de l’élan populaire
    La résistance à l’ennemi
    Carte postale de 1930
    Les pousse-pousse en 1938
    Travail du bois – voir le meuble chez Tiphaine et celui de Cendrieux
    Minox, appareil photo miniaturisé, utilisé par les Viêt-cong
    Pièces de monnaie anciennes
    Billets anciens imprimés par Hô Chi Minh

    Mes photos, nombreuses, vous donnent une idée de la multiplicité des sujets abordés : la géologie, l’art, l’histoire de la ville et surtout du pays, la dimension politique, voire la propagande du régime, qui s’appuie sur l’indépendance gagnée par un peuple supposé unanimement opprimé et révolté.

    J’aurai l’occasion de reparler du sacrifice consenti par ce peuple et de sa résilience, après ma visite du musée consacré aux crimes commis notamment par les Américains au Vietnam. Sans rien enlever à l’horreur de cette période de leur histoire (la visite de ce musée m’a saisi d’effroi), ce ressort sert encore de carburant au régime.

    Comme prévu, je suis revenu en milieu d’après-midi à la cathédrale, mais peu de personnes pouvaient entrer. C’est ce que m’a confirmé une dame ; aussi lui ai-je dit en anglais « messe », ce qui m’a ouvert la porte de la cathédrale. Quand je suis entré, un prêtre et les fidèles disaient des « Je vous salue Marie », sorte de Rosaire à la Vierge Marie, si vous me permettez ce pléonasme. Je suis donc resté ainsi pendant une demi-heure, puis la messe en vietnamien a commencé, devant une assemblée assez importante et plutôt composée de femmes, comme en France, somme toute. Manifestement, peu d’Européens avaient eu cette inspiration, car je me trouvais être l’un des rares dans cette assemblée.

    Les chants, que je n’ai pas voulu enregistrer, de peur de rompre le charme de cette communauté soudée, étaient magnifiques et je ne pouvais m’empêcher de m’y associer par l’intonation. Bien sûr, avant la messe et surtout à la fin, nombreux sont ceux qui ont pris des photos. Comme vous le constaterez, l’intérieur de la cathédrale est d’une grande simplicité, ce qui, peut-être, contribue à la ferveur, tant on ne peut être distrait par la munificence du décor.

    Intérieur de la cathédrale
    Autre vue
    L’entrée de la cathédrale
    Plus près du chœur

    À ma sortie de la cathédrale, il me semble que tous, y compris des personnes arrivées de toutes parts en scooter, attendent un événement qui doit intervenir prochainement. Après m’être renseigné, on me confirme que la façade enveloppée de la cathédrale va être illuminée à 18 h 45. J’attends donc ce moment, dont voici les photos.

    Illumination de la cathédrale
    De trois quarts

    Demain, dans le bus qui me conduira à Vinh Long, dans les bouches du Mékong, je vous ferai le compte rendu de mes visites d’aujourd’hui.