Catégorie : Nord (Tonkin)

  • Hanoï à la baie d’Ha Long – 8 et 9 décembre 2025

    Hanoï à la baie d’Ha Long – 8 et 9 décembre 2025

    Départ vers la baie d’Ha Long
    Intérieur du bateau
    La baie d’Ha Long
    Grotte des Bouts de bois

    Sur la baie d’Ha Long, on a à peu près tout dit, et ce lieu est tellement mythique qu’il est impossible d’aller dans le nord du Vietnam sans lui rendre une visite.

    Moi qui ai pris l’habitude de voyager en solitaire, d’organiser mes déplacements au plus près de la source et qui, pour tout dire, deviens un peu agoraphobe, je ne savais comment appréhender ce lieu incontournable. Je me suis rapidement rendu compte que je devrais accepter que, quel que soit le moyen choisi, il y aurait du monde. J’ai donc fait comme les autres et j’ai choisi une croisière d’une journée dans un bateau de taille moyenne, environ 90 passagers, avec visite de grotte, sortie en canoë, visite de l’île Titov, déjeuner-buffet à bord.

    Par ailleurs, j’avais prévu de passer une nuit dans un hôtel du littoral. J’étais conduit en bus depuis mon hôtel de Hanoï et ramené le lendemain en limousine, le tout organisé par mon hôtel « de fortune », qui s’est avéré excellent à tous points de vue. En revanche, mon arrivée à Ha Long m’a fait une pénible impression : voir de partout sortir d’immenses buildings dont la seule fonction est de vous proposer une vue sur mer, si ténue, si encadrée d’immeubles ou si lointaine soit-elle. Car il s’agit ici de la mer : les vues sur la baie d’Ha Long elle-même sont bien plus rares et souvent si éloignées que tout cela semble dérisoire. En réalité, le paradoxe est qu’on a saccagé un bord de mer pour permettre à certains d’admirer un site naturel et préservé. Il faudrait se mettre d’accord sur la notion de site protégé. En outre, je me trouvais le soir dans un immeuble de peut-être 50 étages, dans lequel j’étais au 28e, avec vue sur mer et en partie, au loin, sur les rochers de la baie d’Ha Long. Cet immeuble, dans son environnement, fait penser à l’Arche de la Défense, les commerçants en moins. Le studio, de près de 50 mètres carrés, était tout confort et j’ai appris à placer ma carte-clé de chambre sous le panneau de commande d’un des 10 ascenseurs, lequel m’a annoncé que je demandais le 28e étage. Une fois ma demande confirmée, il m’a dirigé vers l’ascenseur F, lequel m’a conduit au 28e étage. À la porte de ma chambre, non seulement j’ai présenté ma carte-clé, mais j’ai dû composer, sur un clavier, mon mot de passe, puis une voix féminine m’a précisé en anglais que la porte était ouverte…

    Il y avait, je l’avoue, un mauvais casting de ma part pour le côté romantique de la baie d’Ha Long ; mais je suis tout seul…

    Je reviens à cette journée d’avant-hier et à ma mauvaise impression du début. Elle s’est poursuivie, mais pour peu de temps, quand notre groupe est monté dans un petit bateau vitré. C’était en fait un des petits bateaux qui amènent les passagers vers le « gros » bateau, mais pas trop, sur lequel nous allions naviguer. Ce dernier était vraiment agréable et confortable, sans donner le sentiment d’être dans un de ces immenses bateaux de croisière à multiples ponts. L’organisation était d’ailleurs tout à fait remarquable, en dépit du nombre d’activités prévu, des autres bateaux en présence et du temps imparti pour tout faire. La visite de la grotte, dont j’ai limité les illustrations, était intéressante, tant cette grotte est immense et recèle des concrétions époustouflantes, même pour un habitué comme moi. La visite de la grotte du tunnel, qu’on voit dans tous les livres, au cours de laquelle on se suit à touche-touche et à 3 ou 4 embarcations de front, alors que les kayakistes essayent de se frayer un chemin sans sombrer, a été rendue agréable par des groupes de Chinois, qui reprenaient en chœur des chants de leur pays.

    Le clou de la visite est l’arrêt sur l’île de Titov, nom donné à l’île par Hô Chi Minh pour honorer un cosmonaute soviétique, Guerman Titov, en visite à la baie d’Ha Long. Des escaliers ont en effet été aménagés pour permettre aux visiteurs de grimper tout en haut de l’île (comptez peut-être 400 à 450 marches) et de disposer en haut d’un panorama à 360 degrés et la joie de faire la photo et la vidéo de vos rêves. Inutile de dire que ce sont la cohue et la queue qui vous attendent pour monter, comme pour descendre.

    Vous ne me direz pas que je ne vous ai pas montré l’envers de la carte postale !

    Notre barreuse de barque, sorte de gondolière d’Ha Long
    La grotte du tunnel
    Du haut de l’île de Titov
    Soleil couchant

    Demain, je vous parlerai de ma nuit dans le bus et de ma visite de la citadelle de Hué.

  • Ha Giang à Hanoï – 6 et 7 décembre 2025

    Grande bâtisse à Hanoï
    Autre exemple
    Rue jouxtant la cathédrale
    La cathédrale
    La cathédrale
    Autre rue proche de la cathédrale
    Maison coloniale reconvertie
    Ancien immeuble colonial du centre d’Hanoï
    Bel immeuble colonial transformé en musée

    Me voilà arrivé depuis deux jours à Hanoï et sur le point de rejoindre la baie d’Ha Long, pour une croisière d’une journée, avec visite de grottes, kayak et tutti quanti.

    Mais revenons à Hanoï, dont je ne vous ai pas encore parlé, en raison de mes multiples occupations de la journée et surtout du temps passé à marcher dans les rues, GPS en main. Hanoï est vraiment une ville fascinante pour quelqu’un qui, comme moi, vient y chercher ses racines. C’est bien sûr une ville d’Extrême-Orient, mais tellement européenne, et surtout française. Quand on pense que la révolution communiste est partie de cette ville, on est surpris par les nombreux vestiges de l’époque coloniale, et surtout on ne peut échapper aux références à la France, ni à l’ambiance franco-vietnamienne qui règne dans le centre-ville.

    Vous le constaterez en voyant les très nombreuses maisons de cette époque, sans commune mesure avec ce que j’ai vu dans les autres villes traversées. J’ai fait aussi quelques photos d’allusions à la France dans les enseignes, ce qui montre l’attirance qu’elle exerce encore. Il est vrai qu’il y a de nombreux touristes français et d’autres nations bien sûr, à Hanoï, aussi, le soir, dans le vieux quartier, où je me trouve, c’est une ville très cosmopolite que l’on découvre.

    On y sent aussi la volonté de ne pas remettre en cause cette configuration de l’architecture, dans le centre, où il y a peu de très grands buildings. Les beaux immeubles de l’époque coloniale ont souvent été, comme dans d’autres villes, attribués aux administrations, musées ou organismes culturels. On aurait pu penser que, dans la ville du pouvoir communiste, on aurait eu envie de faire disparaître les traces de l’envahisseur colonial ; c’est le contraire qui s’est produit. D’ailleurs, Hô Chi Minh avait vécu en France ; peut-être en aimait-il la culture ?

    Café doté d’un nom français
    Enseigne en français d’un hôtel
    Une autre enseigne à consonance française
    Ambiance dans les cafés et restaurants

    Comme à chaque fois que je me trouve dans une grande ville, je ne sais quel choix faire dans les multiples centres d’intérêt qui s’offrent à moi. C’est, toutes proportions gardées, comme si j’avais trois ou quatre jours pour visiter Paris et ses musées. Devrais-je les passer au Louvre ? Ou déambuler dans les rues pour sentir l’ambiance, regarder vivre les gens ? Ou faire les deux, au risque d’être toujours insatisfait ? Quand on sait le nombre de monuments et de musées à Paris en dehors du Louvre, on comprend mieux que la comparaison éclaire le dilemme. Finalement, j’ai choisi de flâner en partie pour les raisons déjà énoncées et pour rechercher mes cadeaux de Noël, mais je suis allé voir la Citadelle et le temple de la Montagne de Jade, qui a remplacé la pagode, sur le lac.

    Je suis allé voir la Citadelle, car elle est au cœur de notre sujet. C’est de cette citadelle, ou plutôt de celle qui a disparu, que trouve son origine la dynastie impériale qui a fait d’Hanoï la capitale du Vietnam jusqu’à ce qu’elle soit détrônée par Hué. Ce sont les Français, en grande partie, qui ont donné à l’ensemble architectural actuel son style général ; enfin, c’est de là que fut dirigée la guerre contre les États-Unis.

    La Citadelle, aujourd’hui, ce sont de très rares vestiges du début du XIXe siècle et de nombreux bâtiments coloniaux de la fin du XIXe siècle et des années 1930. Certains sont dans leur jus, mais la plupart ont été entretenus et réaffectés en musées, cafés, restaurants, boutiques. L’ensemble le plus important attend sa réaffectation et a donné lieu à des fouilles préventives, qui ont permis de mettre au jour de nombreux vestiges des différentes dynasties qui se sont succédé du XIe siècle au XVe siècle.

    Ces fouilles ont été entreprises ces vingt dernières années, ce qui est extrêmement récent. Je trouve d’ailleurs que cette visite mérite mieux que l’appréciation qu’en fait le Routard, car elle est centrale pour la compréhension d’Hanoï, et les années à venir devraient le confirmer.

    Porte au drapeau
    Du haut de celle-ci
    Porte la plus ancienne de la Citadelle
    Fruits confits sur l’arbre
    Salle de commandement du général Giap à la Citadelle
    Bunker de l’oncle Ho
    Pavillon des dames
    Bâtiment à restaurer et fouilles préventives
    Autre vue de celui-ci
    Bâtiment d’époque coloniale réaffecté
    Porte sud et ses cinq portes
    Éléments d’architecture, tuile faîtière
    Tuiles vernissées et ornées
    Ornementation de toit
    Potiche du XIe siècle

    La deuxième raison qui me rendait chère la visite de la Citadelle était que mon grand-père y était allé tout au début de son séjour au Tonkin, en 1901 ou 1902, alors qu’il était à l’armée et revenait de la frontière chinoise, à moins que ce ne fût pour rendre visite à une connaissance qui y résidait. C’est l’occasion de constater que cette Citadelle, dès cette époque, est déjà un ensemble très important et qu’elle se trouve à plus d’un kilomètre du vieil Hanoï. C’est dire qu’il y a 120 ans, la ville qu’a connue mon grand-père était déjà une grande ville. Tout autour du vieil Hanoï et du lac se trouvent également les rues des 36 corporations, où étaient rassemblés les artisans d’un même métier. Par exemple, il y avait la mercerie, le sucre, la chaussure, le carton et la ficelle, les objets votifs, etc. Au rez-de-chaussée des maisons se trouve toujours la boutique ou l’atelier et le logement occupe les étages supérieurs. Je vous en montre plusieurs exemples en photo. Vous remarquerez que ces maisons, dites « maisons-tubes », sont étroites et à étages.

    Mercerie

    Autrefois, ces boutiques étaient, pour certaines, le débouché des productions réalisées dans les villages de métiers des alentours d’Hanoï.

    Autre mercerie
    Atelier de confection

    Enfin, pour terminer, je suis allé voir le temple de la Montagne de Jade, auquel on accède au bout d’un charmant pont en bois de couleur rouge. Le pavillon n’a quasiment aucun intérêt touristique et il est interdit de faire des photos à l’intérieur ; ce dont je n’aurais été tenté en aucune façon. Il est amusant de constater que les offrandes à Bouddha évoluent avec l’époque : ainsi j’ai pu voir des pyramides de bouteilles d’eau en plastique, voisinant avec des fruits, ou une autre pyramide de bouteilles de soda. Bouddha s’habitue aussi à une nouvelle façon de vivre…

    Ma famille reconnaîtra, dans les ornementations de l’armoire de ma chambre, les thèmes des meubles asiatiques qu’elle connaît.

    Pont rouge menant à la Montagne de Jade
    Pavillon de la Montagne de Jade
    Armoire de ma chambre
    Ancien pont Paul Doumer
    Église catholique
    Anciennes maisons coloniales
    Autre maison d’époque coloniale
    Pont Paul Doumer

    Demain matin, je vous ferai le compte rendu de ma croisière d’aujourd’hui à la baie d’Ha Long.

  • Sapa à Ha Giang – 5 décembre 2025

    Départ de Ha Giang
    Je pose devant le « panorama »
    Le petit marché
    Stand de produits artisanaux
    Devant un lac
    Maison en terre
    Autre exemple
    Fleur de bananier
    On entrevoit les rizières en terrasses

    Décidément, j’ai été bien inspiré de louer, encore une fois, une voiture avec chauffeur, car, comme vous le constaterez en regardant les images, le brouillard était dense et tenace aujourd’hui. Mais si on change un peu la focale, si vous me permettez cette expression, on peut mettre l’accent sur un autre attrait du voyage : la rencontre. Or, il se trouve qu’à défaut de parler anglais ou français, mon chauffeur maîtrise parfaitement les nouvelles technologies ; aussi avons-nous pu parler, presque à bâtons rompus, par le truchement de Google Traduction. Je maîtrise maintenant parfaitement l’application, et elle est très agréable pour exprimer les nuances de sa pensée. J’ai ainsi découvert qu’il y a au Vietnam plus de 50 ethnies, et toujours trois régions, comme au temps de l’Indochine française (Tonkin, Annam et Cochinchine) : le Nord, le Centre et le Sud. Le fondateur du Vietnam, Hô Chi Minh, « l’oncle Ho », fédère toujours le peuple autour de sa personne. D’ailleurs, les affiches du parti le représentent toujours et les billets de banque sont tous à son effigie. La dictature du peuple, ici librement acceptée, du moins en apparence, repose encore sur le mythe fondateur du libérateur.

    Pour en revenir à mon loop à moi – ma boucle, pour le dire en français –, elle se résumait au village de Quàn Ba, car je n’avais qu’un jour, et non trois, à y consacrer. Les points de vue n’auront ni la profondeur, ni l’éclat des jours de soleil, mais il vous suffira de faire travailler votre imagination pour y pourvoir. En revanche, les costumes traditionnels, ou simplement les coiffes des femmes, compenseront ce temps maussade par une multitude de couleurs chaudes et chatoyantes.

    On devine les autres sommets
    L’embobinage, comme une danse sur le métier
    Le tissage
    Travail à la cire d’abeille chaude
    Par une femme de 96 ans, sans lunettes !
    Je ne sais qualifier cette espèce de « laminage »
    Début de la danse

    Bien sûr, une visite au village où travaillent ces femmes artisanes s’impose, et on ne peut résister à l’envie de les prendre en photo, ou, mieux, de capturer par la vidéo la beauté, la grâce et même la magie de ces gestes ancestraux. Celle que j’ai qualifiée d’embobineuse semblait danser dans son travail ; elle a dû s’interrompre, et ma deuxième vidéo était trop lourde pour prendre place dans mon blog. Que dire de celle qui, juchée sur son rondin, semble amincir un tissu ? Et puis il y a cette vieille dame parcheminée qui, à 96 ans, sans lunettes, décore des nappes à la cire d’abeille chaude. Ce savoir-faire qu’elles nous montrent justifie à coup sûr les prix qu’elles demandent pour leurs ouvrages.

    Une nappe réalisée par une femme de 105 ans
    Des bambous sur scooter
    Regardez ces pains de sucre dans le lointain

    Finalement, je suis content de ma journée, même si je n’ai pas prolongé mon séjour d’un jour, ce qui m’aurait permis de voir les plus beaux sites : l’incertitude quant à la météo et les nombreux centres d’intérêt encore à découvrir m’en ont dissuadé. À titre d’anecdote, je vous joins plusieurs photos prises par mon chauffeur, à une autre époque de l’année, d’un des plus beaux points de vue de la boucle, de quoi envisager de revenir.

    Photo prise par mon chauffeur
    Autre photo
    Dernier exemple

    Je vous écris de mon bus-couchettes, en route pour Hanoï, où j’espère trouver un hôtel. En effet, celui que j’avais retenu, et qui avait confirmé ma réservation, m’a annoncé la veille qu’il avait fait une erreur et n’avait pas de chambre ce soir-là ! Je lui ai dit de m’en trouver une, ce qu’il semble avoir fait : réponse demain !

  • Diên Biên Phu à Sapa – 3 et 4 décembre 2025

    Un des immeubles de Sapa
    Ce matin, début de promenade
    Premières rizières en terrasses
    Rizières
    Arrivée au village de Lao Chai
    Pilon utilisant la force motrice de l’eau
    Au premier plan ma tisseuse Hmong
    Vue générale
    Vue des rizières en terrasses

    Avant de vous parler de Sapa, je reviens sur mon voyage depuis Diên Biên Phu, car c’est la première fois que je voyage en bus-couchettes. Il faut s’imaginer un fauteuil avec accoudoirs, placé en position allongée, dans lequel vous vous glissez, comme dans un siège baquet, les pieds passant dans une ouverture placée sous le siège avant. Le siège étant légèrement incliné, ne serait-ce que pour que la tête puisse être en position de lecture, vos pieds butent au fond de la cavité et vous éprouvez le besoin, soit de fléchir les jambes, soit de vous redresser, soit de les sortir un peu alternativement, pour éviter de vous ankyloser.

    Finalement, je vous écris du bus qui m’emmène à Ha Giang, la ville la plus septentrionale du Vietnam, à la frontière chinoise. Soit dit en passant, celui-ci est beaucoup plus confortable et les remarques que j’ai faites ci-dessus ne s’appliquent pas ! Je m’y suis décidé hier soir, vu le temps maussade et lassé d’être harcelé par les villageoises, qui viennent constamment me supplier d’acheter leurs travaux de tissage.

    Hier donc, après avoir dormi entre 3 et 4 heures, mon hôte m’ayant ouvert la porte à 4 heures du matin, j’ai décidé vers 10 heures de me rendre à pied à Lao Chai et Ta Phin, ce qui représente un périple d’environ 22 km aller et retour. Sapa se trouve en hauteur et domine un panorama de rizières en terrasses qui, en l’absence de brouillard et à la saison où les rizières sont d’un joli jaune, doit être féerique. Les teintes, à cette saison, sont plutôt dans les verts, et la brume qui monte gomme en partie les contrastes. Sapa, au moment où je m’y trouve, est en travaux sur tout l’axe principal pour l’enfouissement des fils électriques, par le passage de gaines dans les trottoirs, ce qui oblige le piéton à passer sur la route, en compagnie des scooters, voitures et camions. Il y a en effet beaucoup de camions, car on construit partout sur les collines des hôtels et des résidences. Les hôtels sont parfois gigantesques et luxueux, ce qui est en train de transformer Sapa en un Monaco vietnamien.

    Les villages que nous traversons se trouvent tout en bas dans la vallée, et le contraste est saisissant entre ce monde de touristes résidant à Sapa et ces ethnies Hmong et Dzao qui vivent dans ces villages, dont les rues sont boueuses. Les couleurs des photos du village ne reflètent pas la réalité que j’ai vue. Nous sommes accueillis par des étalages de sacs, d’écharpes, de sets de table et de menus objets réalisés par les femmes de ces deux ethnies, qu’elles s’efforcent de vendre en accrochant le touriste. Manifestement, la misère règne et le malaise vous saisit quand vous réalisez que ces pauvres gens, objets de notre curiosité, ne sont pas les bénéficiaires de la manne d’argent que nous apportons dans leur région. Peut-être, et je l’espère, les « homestay » installés maintenant dans ces villages leur appartiennent, mais je n’en suis pas sûr.

    Une femme d’un certain âge, de l’ethnie Hmong m’a accompagné depuis Sapa jusqu’à Lao Chai et, comme elle parlait anglais, nous avons échangé quelques banalités. Arrivés à son village de Lao Chai, je lui ai acheté un sac qu’elle avait tissé, en négociant volontairement peu le prix…

    À Ta Phin, terme de mon périple, je me suis arrêté pour manger, pour 50 000 dôngs (1 € = 30 000 dôngs), une bonne soupe aux nouilles et au bœuf. J’y ai rencontré Patrick et son ami malvoyant, dont je n’ai pas retenu le prénom ; il me le pardonnera, j’espère. Je me suis joint à eux pour revenir car ils avaient emprunté une autre route, ce qui me permettait de faire de nouvelles découvertes. Leur chemin était plat dans un premier temps, puis il rejoignait de façon très abrupte la direction de Sapa.

    Pont suspendu où la photo de votre serviteur a été prise
    Rivière prise du pont suspendu
    Photo prise par Patrick sur le pont suspendu
    Accueil près du pont suspendu
    Un étang en contrebas
    Magnifique patchwork de rizières
    Autre vue dominante
    Le soleil tente de percer la brume

    Après une très longue montée à assez forte inclinaison, nous parvenons à un point dégagé, d’où je peux prendre une très belle photo, en dépit de la brume persistante. Quelque temps après, Patrick m’invite à visiter leur petit bungalow niché à mi-hauteur de Sapa, puis me remet sur mon chemin de retour. J’ai déjà fait 17 ou 18 km, mais ce qui me reste à parcourir, avant de rejoindre la route principale qui mène à Sapa, est un petit chemin plus abrupt que celui que je viens de prendre. Aussi arrivé-je absolument épuisé à mon hôtel, d’autant que je manque de sommeil. Mon hôte ayant une boutique au rez-de-chaussée de sa guesthouse, je remplace mes chaussures, exsangues, par de nouvelles, de fabrication vietnamienne (22 €) et, surtout, sur les conseils de ma belle-sœur et en dépit de l’exiguïté de ma valise, je sacrifie à la mode en achetant un blouson North Face, genre blouson d’aviateur, Flight Series (10 €), et un sac à dos plus grand et surtout plus pratique de la même marque (9 €).

    Ainsi paré, je suis en route pour Ha Giang, avant d’aller à Hanoï le 6 au soir par un bus de nuit.

  • Diên Biên Phu – 2e jour – 2 décembre 2025

    Tranchées sur Éliane 2 ou A1
    Tranchées viêt-minh
    Le réduit français reconstitué
    La colline Éliane ou A1
    Ces dames m’ont demandé de poser avec elles
    La propagande du parti
    Montée vers le monument de la victoire
    Qui se trouve sur la colline Dominique
    Le monument
    Du haut de la colline, les montagnes au loin
    Le QG du général de Castries
    Reconstitution du QG
    Une des quatre pièces du QG
    Un des chars français capturés
    Le monument aux officiers et soldats français morts à Diên Biên Phu
    Monument sur la colline Gabrielle
    Vue de la colline Gabrielle

    On a surnommé le général Giap le « Napoléon vietnamien » et c’est assez juste pour au moins deux raisons. La première, c’est qu’il a compris que l’armée française était disséminée en de nombreux points à Diên Biên Phu ; la seconde car il a refait Marengo au préjudice des Français.

    En effet, le général Navarre avait voulu rééditer une, voire deux opérations qui avaient réussi aux Français : mettre en place une grosse base opérationnelle, à partir de laquelle ses forces, soutenues par des chars et surtout par l’aviation, pourraient porter des coups sévères, voire mortels, au Viêt-minh, au Vietnam comme au Haut-Laos. Diên Biên Phu se trouve en effet sur l’axe qui relie ces deux pays.

    Il a donc établi ses forces dans la cuvette de Diên Biên Phu et pris soin d’occuper les collines avoisinantes, qu’il a joliment surnommées de prénoms féminins : Isabelle, Béatrice, Gabrielle, Éliane, Huguette, Dominique, etc. Ces collines sont parfois proches les unes des autres, parfois non : ainsi, Gabrielle est distante d’Éliane de 6 à 8 km. Enfin, son QG, où se trouvent les responsables des différentes armes (artillerie, génie, infanterie, etc.), est séparé des collines et établi dans un bunker. L’aérodrome, qui doit recevoir marchandises, munitions et les renforts éventuels, se trouve à proximité du QG.

    Je me suis rendu sur les collines Éliane, Dominique et Gabrielle, ainsi qu’au QG du général de Castries, commandant en chef de la bataille, le général Navarre, son supérieur hiérarchique, n’étant pas sur place. La colline la plus haute, Dominique, ne dépasse pas 500 mètres et les autres sont plus modestes. Il y avait du brouillard, aujourd’hui comme souvent, mais le soleil, en se levant, m’a permis de vous faire une photo qui montre que ces collines sont elles-mêmes environnées de hauteurs bien plus élevées, que l’on aperçoit nettement.

    Jules Roy a écrit que les Français se trouvaient dans le stade, quand les Viêt-minh occupaient les gradins. L’image est excessive, mais on pourrait dire que les Français étaient dans le stade et occupaient les premiers gradins, les Viêt-minh occupant ceux du haut.

    La stratégie première du général Giap, recommandée par ses mentors chinois, voire soviétiques, était d’aller vite pour prendre d’assaut les positions françaises ; mais le mauvais souvenir de la défaite de Nà San l’avait conduit à revenir sur sa décision et à prendre le temps d’agir à coup sûr.

    On a compris que les Français, d’une part, avaient besoin de se coordonner entre eux et avec leur QG, et d’autre part, étaient tributaires de leur aviation et donc de leur aérodrome. Ils étaient en outre convaincus – d’où leur confiance – que le Viêt-minh était incapable d’amener des canons aussi loin de ses bases, soit environ 500 km. C’était compter sans la fourniture de ces canons en nombre par la Chine, leur démontage et leur transport en haut des collines surplombant les « collines » françaises, par des volontaires vietnamiens des deux sexes, en très grand nombre. Cette action rappelle celle des soldats de Napoléon, hissant dans des troncs d’arbre les canons en haut des montagnes du Piémont italien, pour fondre sur les Autrichiens.

    De même que les soldats de Napoléon avaient étouffé le bruit des canons pour ne pas éveiller les soupçons des garnisons ennemies, les Viêt-minh parviennent à camoufler leurs mouvements aux yeux des Français. Cette opération est un tour de force et va permettre de porter un coup sévère au dispositif français, par l’effet de surprise d’abord, et en bombardant aussi bien les positions françaises que l’aérodrome et les avions eux-mêmes, paralysant toute cohésion et tout soutien. La dissémination des Français devient un handicap terrible dès lors que l’aviation ne peut plus assurer le lien entre eux, ni les approvisionner, ni les secourir. Les Viêt-minh, suivant la technique de Napoléon, vont pouvoir réduire les différentes positions en détail. Il y a de l’ironie à penser que des généraux et hommes politiques, oublieux de leur histoire et, pour les officiers supérieurs, de leurs études, ont été battus avec des règles de guerre, enseignées dans les grandes écoles militaires françaises et qui font notre gloire !

    Le travail de siège que les Viêt-minh ont dû faire pour prendre toutes les collines montre à la fois leur opiniâtreté, leur abnégation, mais aussi la valeur des soldats français dans une position aussi défavorable.

    Après ce petit cours de stratégie militaire, je vous laisse regarder les photos. De l’avis de personnes rencontrées, les reconstitutions sont assez fantaisistes. Un projet de grande envergure est envisagé, en concertation avec la France, pour revoir entièrement la reconstitution in situ de cette bataille, notre Waterloo indochinois.

    Pour finir sur ce chapitre, il se trouve qu’en redescendant de la colline Éliane, je suis abordé par une dame qui me demande de poser pour une photo commune. J’y ai vu une sorte de réconciliation entre les peuples. L’image a d’autant plus de force qu’elle intervient à mon arrivée au Vietnam, moi qui descends d’un colon : comme une sorte de rédemption.

    Je vous écris du bus qui m’emmène à Sapa, au nord du Vietnam, le pays des rizières en terrasses.

  • Muang Khoua à Diên Biên Phu – 1er décembre 2025

    Notre bus d’époque
    Photo prise du bus
    Le monument de la victoire
    Les tombes des soldats viêt-minh
    Ombre chinoise représentant le général Giap
    Ombre chinoise à partir de métal agencé
    Panorama de la bataille de Diên Biên Phu
    Idem
    Idem
    Groupe de maisons
    Grand hôtel
    Autre groupe de maisons
    École probablement de l’époque coloniale
    Groupe de maisons
    Curieuse architecture
    Autre groupe de maisons
    Ramassage de poubelles
    71e anniversaire de la bataille de Diên Biên Phu

    Comme d’habitude, je me suis levé très tôt pour être là près d’une heure et demie avant le départ effectif de notre bus. Comme vous le suggère la photo, celui-ci n’est pas de première jeunesse, et je le soupçonne de dater de la fin de la présence française au Laos. En tout cas, ses suspensions n’en ont plus que le nom, mais, à sa décharge, le parcours, défoncé en maints endroits, les a abondamment sollicitées. La route qui nous mène au Vietnam serpente autour des collines et monte continuellement jusqu’à la frontière, sans oublier un passage près d’une carrière, qui ajoute la poussière à l’odeur de gaz d’échappement qui entre dans l’habitacle. La végétation qui couvre les collines est partout blanchie par la poussière qui provient de la carrière et que dispersent les nombreux véhicules qui circulent. Les virages sont tellement serrés que nous sommes constamment ballottés de droite et de gauche, sans oublier les ornières qui, en l’absence d’amortisseurs efficaces, provoquent des bruits sinistres du châssis et nous obligent à encaisser les chocs. Pourtant, le paysage est grandiose ; hélas, les cahots sont tels et les vitres si sales que c’est peine perdue que de vouloir immortaliser tant de splendeur.

    Arrivé à la douane, qui, pour nous Français, est une formalité parce que nous n’avons pas besoin de visa, et voyant toutefois un tunnel de sécurité pour les valises, je pense nécessaire de prendre les devants et sors mon couteau, pour couper le bambou, acheté au sanctuaire d’éléphants. Le préposé en sort la lame, l’admire et me le rend : ouf. De l’autre côté de la frontière, nous retrouvons notre bus et rechargeons nos valises. Soit dit en passant, notre bus était aussi encombré de sacs à livrer, et l’histoire ne dit pas s’ils ont été déclarés. Quoi qu’il en soit, nous avons redescendu la colline avec les mêmes virages en épingle à cheveux et le même inconfort. Nous avons effectivement fait un détour ou deux, pour faire descendre des autochtones et les fameux sacs. Nous avons même chargé un scooter, qui a pris la place de nos sacs, relégués à la diable entre les sièges.

    Nous sommes donc arrivés sans encombre à notre destination, où un taxi m’a conduit à mon hôtel, après s’être arrêté auprès d’un distributeur pour faire le plein de dôngs, monnaie locale. Ayant une chambre et du liquide, il ne me reste plus qu’à acheter une carte SIM locale, le moyen le plus économique de disposer de data, souvent en 5G, le tout pour 6 € environ pour un mois.

    Puisque je reste presque deux jours, je décide de visiter le cimetière des soldats vietnamiens morts au combat, puis le musée de la victoire de Diên Biên Phu, qui en est très proche. Je me réserve d’aller voir certaines collines où se sont déroulés les combats, demain matin et en début d’après-midi. C’est peu dire que ce musée est un lieu de propagande communiste ; le premier panneau nous le rappelle, comme le film à la gloire de Hô Chi Minh et du général Giap. Non que ce qui y est dit soit inexact, mais certaines approximations et autres raccourcis sont au service d’un message de propagande. Ainsi, on passe sous silence les propositions faites par la France, comme ses succès antérieurs à la bataille. On surévalue la puissance de la France et surtout l’aide apportée par les États-Unis, faisant ainsi mieux ressortir l’exploit, qui aurait résonné sur les cinq continents au dire de « nos » thuriféraires, d’un Vietnam-David, terrassant Goliath incarné par les grandes puissances. Dans le musée, on montre la solidarité des femmes et des hommes du Vietnam pour acheminer vivres, armes et munitions, et on glorifie le sacrifice suprême des héros de la révolution. De même, on souligne l’aide énorme apportée par les Américains, alors qu’on sait qu’elle a été mesurée vers la fin. On nous montre le Vietnam ne se défendant qu’avec des moyens dérisoires et surtout issus de sa débrouillardise. Ainsi, quand les combattants vietnamiens possèdent des armes un peu plus sophistiquées, c’est qu’ils les ont prises aux Français.

    Or, on sait maintenant que nos troupes et celles de nos alliés vietnamiens n’étaient certes pas entraînées comme celles du Viêt-minh, que la stratégie militaire était hasardeuse et que les militaires n’avaient pas été informés que l’Indochine serait sur la table des négociations de Genève, comme la Corée. Ce dernier point, en revanche, n’avait pas échappé à Hô Chi Minh, qui voulait frapper un grand coup à Diên Biên Phu, pour peser dans les négociations de Genève. Si les combattants viêt-minh étaient effectivement affûtés et motivés, l’aide apportée par la Chine dans cette bataille a été décisive ; elle a été fortement accentuée dans les derniers mois, au moment où, à l’inverse, les Américains montraient peu d’empressement à remettre la France en possession de son Empire en Extrême-Orient.

    Si, par hasard, on nous montre un canon, il manque cette fois un petit écriteau nous indiquant sa provenance.

    En outre, le film laisse entendre que la bataille de Diên Biên Phu débouche sur l’indépendance de l’Indochine, ce qui est faux. La France avait d’ores et déjà proposé une Union, sorte de Commonwealth, et créé l’État du Vietnam, qui deviendra le Sud-Vietnam et qui, comme le Nord-Vietnam, le Laos et le Cambodge, serait dans l’Union en lien avec la France. L’indépendance du Sud-Vietnam est venue de la France elle-même, autrement dit sans l’intervention du Viêt-minh, et il y a eu deux États, l’un communiste, l’autre non. On connaît la suite avec la guerre du Vietnam, où les Américains ont soutenu le Sud-Vietnam et combattu le Nord-Vietnam et le Viêt-cong. Certes, Hô Chi Minh a obtenu l’indépendance du Nord-Vietnam, mais pas d’un Vietnam uni en 1954. D’ailleurs, quand les Français, à la suite des accords de Genève, ont évacué le Nord-Vietnam, 800 000 personnes du Nord se sont réfugiées au sud.

    Il faudra encore beaucoup de temps pour que cette histoire puisse être écrite à deux.

    Finalement, je vais prendre un bus de nuit pour arriver à Sapa jeudi à 3 heures du matin.