Diên Biên Phu – 2ème jour – 2 décembre 2025

Tranchées sur Éliane 2 ou A1
Trachées Viet-Minh
Le réduit français reconstitué
La colline Eliane ou A1
Ces dames m’ont demandé de poser avec elles
La propagande du parti
Montée vers le monument de la victoire
Qui se trouve sur la colline Dominique
Le monument
Du haut de la colline, les montagnes au loin
Le QG du général de Castries
Reconstitution du QG
Une des 4 pièces du QG
Un des chars français capturés
Le monument aux officiers et soldats français morts à Diên Biên Phu
Monument sur la colline Gabrielle
Vue de la colline Gabrielle

On a surnommé le général Giap, le Napoléon vietnamien et c’est assez juste pour au moins deux raisons. La première c’est qu’il a compris que l’armée française était disséminée en de nombreux points à Diên Biên Phu, la seconde car il a refait Marengo au préjudice des français.

En effet le général Navarre avait voulu rééditer une, voire deux opérations qui avaient réussi aux français; mettre en place une grosse base opérationnelle, à partir de laquelle ses forces, soutenues par des chars et surtout par l’aviation, pourraient porter des coups sévères, voire mortels, aux Viet-Minh, au Vietnam comme au haut Laos. Diên Biên Phou se trouve en effet sur l’axe qui relie ces deux pays.

Il a donc établi ses forces dans la cuvette de Diên Biên Phu et pris soin d’occuper les collines avoisinantes, qu’il a surnommées joliment de prénoms féminins: Isabelle, Béatrice, Gabrielle, Eliane, Huguette, Dominique, etc. Ces collines sont parfois proches les unes des autres; parfois non, ainsi Gabrielle est distante d’Eliane de 6 km. Enfin son QG, où se trouvent les responsables des différentes armes: artillerie, génie, infanterie, etc., est séparé des collines et établi dans un bunker. L’aérodrome, qui doit recevoir marchandises, munitions et les renforts éventuels, se trouve à proximité du QG.

Je me suis rendu sur les collines, Eliane, Dominique et Gabrielle, ainsi qu’au QG du général de Castries, commandant en chef la bataille, le général Navarre, son supérieur hiérarchique, n’étant pas sur place. La colline la plus haute, Dominique, ne dépasse pas 500 mètres et les autres sont plus modestes. Il y avait du brouillard, aujourd’hui comme souvent, mais le soleil, en se levant, m’a permis de vous faire une photo qui montre que ces collines sont elles-mêmes environnées de collines nettement plus hautes et que l’on aperçoit nettement.

Jules Roy a écrit que les français se trouvaient dans le stade, quand les Viet-Minh occupaient les gradins. L’image est excessive, mais on pourrait dire que les français étaient dans le stade et occupaient les premiers gradins; les Viet-Minh occupaient ceux du haut.

La stratégie première du général Giap, recommandée par leurs mentors les chinois, voire les soviétiques, était d’aller vite pour prendre d’assaut les positions françaises; mais le mauvais souvenir de la défaite de Nà San, l’avait conduit à revenir sur sa décision et à prendre le temps d’agir à coup sûr.

On a compris que les français, d’une part avaient besoin de se coordonner entre eux et avec leur QG et d’autre part étaient tributaires de leur aviation et donc de leur aérodrome. En outre ils considéraient, d’où leur confiance, que les Viet-Minh étaient incapables d’amener des canons aussi loin de leurs bases, soit environ 500km. C’était compter sans la fourniture de ces canons en nombre par la Chine, leur démontage et leur transport en haut des collines surplombant, les « collines » françaises, par des volontaires vietnamiens des deux sexes, en très grand nombre. Cette action, rappelle celle des soldats de Napoléon, hissant dans des troncs d’arbre, les canons en haut des montagnes du Piémont italien, pour fondre sur les autrichiens.

De même que les français ont étouffé le bruit des canons pour ne pas éveiller les soupçons des garnisons ennemies, les Viet-Minh parviennent à camoufler leurs mouvements aux yeux des français. Cette opération est un tour de force et va permettre de porter un coup sévère au dispositif français, par l’effet de surprise d’abord et en bombardant, aussi bien les positions françaises, l’aérodrome et les avions eux-mêmes; paralysant toute cohésion et soutien. La dissémination des français devient un handicap terrible, dès lors que l’aviation ne peut plus assurer le lien entre eux, ni les approvisionner, ni les secourir. Les Viet-Minh, suivant la technique de Napoléon, vont pouvoir réduire les différentes positions en détail. Il y a de l’ironie à penser que des généraux et hommes politiques, oublieux de leur histoire et pour les officiers supérieurs de leurs études, ont été battus avec des règles de guerre, enseignées dans les grandes écoles militaires et qui font notre gloire!

Le travail de siège que les Viet-Minh ont dû faire pour prendre toutes les collines, montre à la fois leur opiniâtreté, leur abnégation, mais aussi la valeur des soldats français dans une position aussi défavorable.

Après ce petit cours de stratégie militaire, je vous laisse regarder les photos. De l’avis de personnes rencontrées, les reconstitutions sont assez fantaisistes. Un projet de grande envergure est envisagé, en concertation avec la France, pour revoir entièrement la reconstitution in situ de cette bataille, notre Waterloo indochinois.

Pour finir sur ce chapitre, il se trouve qu’en redescendant de la colline Éliane, une dame me demande de poser pour une photo commune. J’y ai vu une sorte de réconciliation entre les peuples. L’image a d’autant plus de force, qu’elle intervient à mon arrivée au Vietnam, moi qui descend d’un colon; comme une sorte de rédemption.

Je vous écris du bus qui m’emmène à Sapa, au nord du Vietnam, le pays des rizières en terrasse.

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