



Ponctuel, comme le sont par habitude la plupart des européens, j’étais prêt, ma valise bouclée à 6h30, puisqu’on devait venir me chercher à 6h40 pour me conduire au bateau.
L’heure passée, je m’en inquiète auprès de mon hôtesse qui ne semble nullement préoccupée du retard, déjà sensible, du tuk-tuk. Mieux à 6h50, on vient m’apporter des fruits, n’ayant pas pu prendre mon petit déjeuner. Le chauffeur arrive tranquillement une demi-heure en retard et je m’installe à l’arrière d’un véhicule qui contient déjà 8 personnes. Je pense à ce moment là être le dernier, mais le chauffeur s’arrête encore un bon moment et arrivent trois jeunes femmes, pour lesquelles on gerbe les sacs et serre les rangs. Arrivés à l’embarcadère, notre chauffeur nous explique qu’il est garant de nos billets, puisque nous n’en avons pas. On nous remet un billet, après que chacun ait écrit son nom sur une simple feuille de cahier. Je suppose qu’elle permet d’identifier les manquants à l’appel, en cas de naufrage! Ensuite nous descendons les marches de l’embarcadère et montons dans le bateau. Il est 7h45 et le bateau, nous a-t-on dit, part à 8h30. À partir du moment où nous sommes installés commence un défilé de touristes venant d’autres hôtels ou guesthouses, puis des laotiens chargés de sacs de toutes sortes, sans oublier un chargement complet de marchandises, voire un scooter sur l’avant du bateau. Le bateau attend ses passagers, en tout cas les autochtones, car ils ne sont pas pressés et il en vient jusqu’à 8h40.
Finalement nous sommes partis, avec certes un peu de retard, mais après tout nous avons choisi le slow boat (littéralement le bateau lent); on n’est donc pas pressés.
À cette heure de la matinée, faute de soleil, il fait plutôt frais et j’ai mis, pour la circonstance, un petit pull et mon coupe vent. Les courants d’air ne manquant pas sur ce bateau, il n’y a rien de trop; d’autant qu’il nous est demandé de nous déchausser. Presque tout le monde s’en acquitte, sauf mon voisin de derrière et moi qui nous disons que nous les retirerons quand nous nous déplacerons sur le bateau.
Nous passons devant les grottes sur la falaise, qu’un d’entre nous a visitées la veille. Puis nous arrivons devant le chantier titanesque d’un barrage sur le Mékong, financé, comme tous les gros investissements, par des chinois. Mon voisin, Frédéric me recommande d’ailleurs la lecture d’un article très documenté sur ce projet, comme de tout ce qui relève de l’énergie hydroélectrique au Laos.






Voyager en bateau lent, c’est aussi le moyen de partager un moment de la vie quotidienne de cette population éloignée des villes. Certes très modestement; mais pendant les 9 heures que dure le trajet, le spectacle pour nous est permanent. Les membres de cet équipage de fortune d’abord, l’un à la barre, un autre en second, un troisième aux bagages, une femme au bout du bateau qui distribue café, boissons ou petite épicerie. Les passagers ensuite et surtout la diversité des bagages, sacs plus ou moins gros, mais aussi de véritables ravitaillements, qui vont être livrés au fil de notre croisière aux populations, disséminées le long du fleuve. Les populations enfin, que l’on découvre, ainsi que leurs animaux, les maisons isolées ou regroupées en minuscules bourgs, les installations et le bétail, les pêcheurs et les orpailleurs.
Et bien sûr il y a la nature, sauvage, presque virginale, avec ses collines entièrement boisées et ses buffles qui se prélassent tranquillement sur le rivage.
Il est dommage que tout cela disparaisse un jour, par le développement conjoint des routes et la multiplication des barrages. Le progrès est peut être à ce prix et ces gens, qui vivent d’une façon si éloignée de la nôtre en ont-ils conscience ? J’ai à ce moment le sentiment que, s’il y a déjà un gouffre entre ce que mon grand père a connu à son époque et la mienne; peut-être le gouffre sera-t-il plus important encore vis à vis de mes descendants. Au fond je fais l’expérience de l’éphémère.



Après ces considérations « philosophiques », je vous donne rendez-vous demain dans le sanctuaire des pachydermes.








































































































































































































