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  • Hanoï à Baie d’Ha Long

    Hanoï à Baie d’Ha Long

    Départ vers la Baie d’Ha Long
    Intérieur du bateau
    La baie d’Ha Long
    Grotte des Bouts de bois

    Sur la baie d’Ha Long, on a à peu près tout dit et ce lieu est tellement mythique, qu’il est impossible d’aller dans le nord du Vietnam sans rendre une visite à ce lieu célèbre.

    Moi qui ai pris l’habitude de voyager en solitaire, d’organiser mes déplacements au plus près de la source et qui, pour tout dire, devient un peu agoraphobe; je ne savais comment appréhender ce lieu incontournable. Je me suis rapidement rendu compte que je devrais accepter que, quel que soit le moyen choisi, il y aurait du monde. J’ai donc fait comme les autres et ai choisi une croisière d’une journée dans un bateau de taille moyenne, environ 90 passagers, avec visite de grotte, sortie en canoë, visite de l’île Titof, déjeuner / buffet à bord.

    Par ailleurs j’avais prévu de passer une nuit dans un hôtel du littoral. J’étais en outre conduit en bus depuis l’hôtel et ramené le lendemain en limousine; le tout organisé par mon hôtel « de fortune », qui s’est avéré excellent à tous points de vue. En revanche mon arrivée à Ha Long, m’a fait une pénible impression. De voir de partout sortir d’immenses buildings dont la seule fonction est de vous proposer une vue sur mer, si ténue soit-elle, si environnée d’immeubles ou si éloignée de ceux-ci. Car ici on parle de la mer, car les vues sur la baie d’Ha Long sont bien plus rares et souvent si éloignées, que tout cela semble dérisoire. En réalité le paradoxe est qu’on a saccagé un bord de mer, pour permettre à certains, d’admirer un site naturel et préservé. Il faudrait se mettre d’accord sur la notion de site protégé. En outre je me trouvais le soir dans un immeuble de, peut-être 50 étages, dans lequel j’étais au 28ème, avec vue sur mer et en partie, au loin, sur les rochers de la baie d’Ha Long. Cet immeuble dans son environnement, fait penser à l’Arche de la Défense, les commerçants en moins. Le studio de près de 50 mètres carrés était tout confort et j’ai appris à placer ma carte/clé de chambre sous le panneau de commande d’un des 10 ascenseurs; lequel m’a annoncé que je demandais le 28ème étage. Ayant confirmé il m’a proposé d’aller à l’ascenseur F, lequel m’a conduit au 28ème étage. À la porte de ma chambre, non seulement j’ai présenté ma carte/clé, mais j’ai dû composer, sur un clavier, mon mot de passe, puis une voix féminine m’a précisé en anglais que la porte était ouverte…

    Il y avait, je l’avoue, un mauvais casting de ma part pour le côté romantique de la baie d’Ha Long; mais je suis tout seul.

    Je reviens à cette journée d’avant-hier et à ma mauvaise impression du début. Elle s’est poursuivie, mais pour peu de temps, quand notre groupe est monté dans un petit bateau vitré. C’était en fait un des petits bateaux qui amènent les passagers vers le « gros » bateau, mais pas trop, sur lequel nous allions naviguer. Ce dernier était vraiment agréable et confortable, sans donner le sentiment d’être dans un de ces immenses bateaux de croisière à multiples ponts. L’organisation était d’ailleurs tout à fait remarquable, en dépit du nombre d’activités prévu, des autres bateaux en présence et du temps imparti pour tout faire. La visite de la grotte, dont j’ai limité les illustrations, était intéressante, tant cette grotte est immense et recèle des concrétions époustouflantes, même pour un habitué comme moi. La visite de la grotte du tunnel, qu’on voit dans tous les livres, au cours de laquelle on se suit à touche touche et à 3 ou 4 de front, alors que les kayakistes essayent de se frayer un chemin sans sombrer; a été rendue agréable par des groupes de chinois, qui reprenaient en chœur des chants de leur pays.

    Le clou de la visite est l’arrêt sur l’île de Titof, nom donné à l’île par Ho-Chi-Minh pour honorer un cosmonaute russe en visite à la baie d’Ha Long. Des escaliers ont en effet été aménagés pour permettre aux visiteurs de grimper tout en haut de l’île, comptez peut-être 5 à 600 marches, pour disposer en haut d’un panorama à 360 degrés et la joie de faire la photo et la vidéo de vos rêves. Inutile de dire que c’est la cohue et la queue qui vous attendent pour monter, comme pour descendre.

    Vous ne me direz pas que je ne vous ai pas montré l’envers de la carte postale!

    Notre barreuse de barque, sorte de gondolière d’Ha Long
    La grotte du tunnel
    Du haut de l’île de Titeuf
    Soleil couchant

    Demain je vous parlerai de ma nuit dans le bus et de ma visite de la citadelle d’Hué.

  • Ha Giang à Hanoï

    Grande bâtisse à Hanoï
    Autre exemple
    Rue jouxtant la cathédrale
    La cathédrale
    La cathédrale
    Autre rue proche de la cathédrale
    Maison coloniale reconvertie
    Ancien immeuble colonial
    Bel immeuble colonial transformé en musée

    Me voilà arrivé depuis deux jours à Hanoï et sur le point de rejoindre la baie d’Ha Long, pour une croisière d’une journée, avec visite de grottes, kayak et tutti quanti.

    Mais revenons à Hanoï dont je ne vous ai pas encore parlé, en raison de mes multiples occupations de la journée et surtout du temps passé à marcher dans les rues, GPS en main. Hanoï est vraiment une ville fascinante pour quelqu’un, comme moi, qui vient y chercher ses racines. C’est bien sûr une ville d’extrême orient, mais tellement européenne et surtout française. Quand on pense que la révolution communiste est partie de cette ville, on est surpris à la fois des nombreux vestiges de l’époque coloniale; mais surtout on ne peut échapper aux références à la France, à l’ambiance franco-vietnamienne qui y règne dans son centre ville.

    Vous le constatez par les très nombreuses maisons de cette époque, ce qui n’est en rien comparable avec les autres villes que j’ai traversées, tant elles sont nombreuses. J’ai fait aussi quelques photos d’allusions à la France dans les enseignes, ce qui montre l’attirance qu’elle exerce encore. Il est vrai qu’il y a de nombreux touristes français et d’autres nations bien sûr à Hanoï, aussi le soir dans le vieux quartier, où je me trouve, c’est une ville très cosmopolite que l’on découvre.

    On y sent aussi la volonté de ne pas remettre en cause cette configuration de l’architecture, dans le centre, où il y a peu de très grands buildings. Les beaux immeubles de l’époque coloniale ont souvent été, comme dans d’autres villes, attribués aux administrations, musées ou organismes culturels. On aurait pu penser que dans la ville du pouvoir communiste, on ait eu envie de faire disparaître les traces de l’envahisseur colonial; c’est le contraire qui s’est produit. D’ailleurs Ho-Chi-Minh avait vécu en France; peut-être en aimait-il la culture?

    Café doté d’un nom français
    Enseigne en français d’un hôtel
    Une autre
    Ambiance dans les cafés et restaurants

    Comme à chaque fois que je me trouve dans une grande ville, je ne sais quel choix faire dans les multiples centres d’intérêt qui s’offrent à moi. C’est, toutes proportions gardées, comme si j’avais trois ou quatre jours pour visiter Paris et ses musées. Devrais-je les passer au Louvre? Ou déambuler dans les rues pour sentir l’ambiance, regarder vivre les gens; ou faire les deux au risque d’être toujours insatisfait. Quand on sait le nombre de monuments et de musées à Paris en dehors du Louvre, on comprend mieux que la comparaison éclaire le dilemme. Finalement j’ai choisi de flâner en partie pour les raisons déjà énoncées et pour rechercher mes cadeaux de Noël; mais je suis allé voir la Citadelle et la Pagode de la Montagne de Jade, près du lac.

    Je suis allé voir la Citadelle car elle est au cœur de notre sujet. C’est de cette citadelle, ou plutôt de celle qui a disparu, que trouve son origine la dynastie impériale qui a fait d’Hanoï la capitale du Vietnam jusqu’à ce qu’elle soit détrônée par Hué. Ce sont les français, en grande partie, qui ont donné à l’ensemble architectural actuel son style général, enfin c’est de là qu’Ho-Chi-Minh dirigea la reconquête du pays jusqu’aux victoires contre la France, puis les Etats-Unis.

    La Citadelle aujourd’hui ce sont de très rares vestiges du début du XIXème siècle et de nombreux bâtiments coloniaux de la fin du XIXème siècle et de 1930. Certains sont dans leur jus; mais la plupart ont été entretenus et réaffectés en musées, cafés, restaurants, boutiques. L’ensemble le plus important attend sa réaffectation et a donné lieu à des fouilles préventives, qui ont permis de mettre au jour de nombreux vestiges des différentes dynasties, qui se sont succédé du XIème siècle au XVème siècle.

    Ces fouilles ont été entreprises ces 20 dernières années ce qui est extrêmement récent. Je trouve d’ailleurs que cette visite mérite mieux que l’appréciation qu’en fait le Routard, car elle est centrale pour la compréhension d’Hanoï et les années à venir devraient le confirmer.

    Porte au drapeau
    Du haut de celle-ci
    Porte la plus ancienne de la Citadelle
    Fruits confits sur l’arbre
    Salle de commandement du général Giap à la Citadelle
    Bunker de l’oncle Ho
    Pavillon des dames
    Bâtiment à restaurer et fouilles préventives
    Autre vue de celui-ci
    Bâtiment d’époque coloniale réaffecté
    Porte sud et ses 5 portes
    Éléments d’architecture, tuile faîtière
    Tuiles vernissées et ornées
    Ornementation de toit
    Potiche du XI ème siècle

    La deuxième raison qui me rendait chère la visite de la Citadelle, était que mon grand-père y était allé tout au début de son séjour au Tonkin en 1901 ou 1902, alors qu’il se trouvait à l’armée et revenait de la frontière avec la Chine vers Hanoï, où pour rendre visite à une connaissance y résidant. C’est l’occasion de constater que cette Citadelle, dès cette époque est déjà un ensemble très important et qu’elle se trouve à plus d’un km du vieil Hanoï. C’est dire, qu’il y a 120 ans, la ville qu’a connu mon grand-père, était déjà une grande ville. Tout autour du vieil Hanoï et du lac, se trouvent également les rues des 36 corporations où étaient rassemblés les artisans d’un même métier. Par exemple il y avait la mercerie, le sucre, la chaussure, le carton et la ficelle, les objets votifs, etc. Au rez-de-chaussée des maisons se trouve la boutique ou l’atelier et leur logement dans les étages supérieurs. Je vous en montre plusieurs exemples en photo. Vous remarquerez qu’elles sont étroites, dites en tube et à étages.

    Mercerie

    Il est à noter qu’autrefois ces boutiques étaient pour certaines, le débouché des productions réalisées dans les villages des métiers aux alentours d’Hanoï.

    Autre mercerie
    Atelier de confection

    Enfin pour terminer je suis allé voir le temple de la Montagne de Jade, auquel on accède au bout d’un Charmant pont en bois de couleur rouge. Le pavillon n’a quasiment aucun intérêt touristique et il est interdit de faire des photos à l’intérieur; ce dont je n’aurais été tenté en aucune façon. Il est amusant de constater que les offrandes à Bouddha évoluent avec l’époque; ainsi j’ai pu voir des pyramides de bouteilles d’eau en plastique, voisinant avec des fruits, ou une autre pyramide de bouteilles de soda. Bouddha s’habitue aussi à une nouvelle façon de vivre…Ma famille reconnaîtra les ornementations de l’armoire de ma chambre avec les thèmes des meubles asiatiques qu’ils connaissent.

    Pont rouge menant à la Montagne de Jade
    Pavillon de la Montagne de Jade
    Armoire de ma chambre
    Ancien pont Paul Doumer
    Église catholique
    Anciennes maisons coloniales
    Autre maison d’époque coloniale
    Pont Paul Doumer

    Demain matin je vous ferai le compte rendu de ma croisière d’aujourd’hui à la baie d’Ha Long.

  • Sapa à Ha Giang

    Départ de Ha Giang
    Je pose devant le « panorama »
    Le petit marché
    Stand de produits artisanaux
    Devant un lac
    Maison en terre
    Autre exemple
    Fleur de bananier
    On entrevoit les rizières en terrasses

    Décidément j’ai été bien inspiré de louer, encore une fois, une voiture avec chauffeur; car comme vous le constaterez en regardant les images, le brouillard était dense et tenace aujourd’hui. Mais si on change un peu la focale, si vous me permettez cette expression, on peut mettre l’accent sur un autre attrait du voyage, la rencontre. Or il se trouve qu’à défaut de parler anglais ou français, mon chauffeur maîtrise parfaitement les nouvelles technologies; aussi avons-nous pu parler, presqu’à bâtons rompus, par le truchement de Google translate. Je maîtrise maintenant parfaitement l’application et c’est très agréable pour exprimer les nuances de sa pensée. J’ai ainsi découvert qu’il y a au Vietnam plus de 50 ethnies et toujours trois pays, comme au temps de Protectorat français: le Vietnam du Nord, celui du Centre et celui du Sud. Le fondateur du Vietnam Hô-Chi-Minh, l’oncle Ho, fédère toujours le peuple autour de sa personne. D’ailleurs les affiches du parti, le représentent toujours et les billets de banque sont tous à son effigie. La dictature du peuple, ici librement acceptée, du moins en apparence, repose encore sur le mythe fondateur du libérateur.

    Pour en revenir à mon loop à moi, ma boucle pour le dire en français, elle se résumait au village de Quàn Ba, n’ayant qu’un jour et non trois à y consacrer. Les points de vue n’auront ni la profondeur, ni l’éclat des jours de soleil, mais il vous suffira de faire travailler votre imagination pour y pourvoir. En revanche les couleurs des costumes traditionnels, ou simplement des coiffes des femmes, compenseront ce temps maussade, par une multitude de couleurs chaudes et chatoyantes.

    On devine les autres sommets
    L’embobinage, comme une danse sur le métier
    Le tissage
    Travail à la cire d’abeille chaude
    Par une femme de 96 ans, sans lunettes !
    Je ne sais qualifier cette espèce de « laminage »
    Début de la danse

    Bien sûr une visite au village où travaillent ces femmes artisanes s’impose et on ne peut résister à l’envie de les prendre en photo, ou mieux de capturer par la vidéo la beauté, la grâce et même la magie de ces gestes ancestraux. Celle que j’ai qualifiée d’embobineuse semblait danser dans son travail; elle a dû s’interrompre et ma deuxième vidéo était trop lourde pour prendre sa place dans mon blog. Que dire de celle qui, juchée sur son rondin, semble amincir un tissu. Et puis il y a cette vieille dame, parcheminée, qui a 96 ans, sans lunettes, décore des nappes à la cire d’abeille chaude. Ce savoir faire qu’elles nous montrent, justifie à coup sûr, les prix qu’elles demandent pour leurs ouvrages.

    Une nappe réalisée par une femme de 105 ans
    Des bambous sur scooter
    Regardez ces pains de sucre dans le lointain

    Finalement je suis content de ma journée et de ne pas avoir prolongé mon séjour d’une journée, ce qui m’aurait permis de voir les plus beaux sites; mais l’incertitude quant à la météo et les nombreux centres d’intérêt encore à découvrir, m’en ont dissuadé. À titre d’anecdote, je vous joins plusieurs photos prises par mon chauffeur, à une autre époque de l’année, d’un des plus beaux points de vue de la boucle; de quoi envisager de revenir.

    Photo prise par mon chauffeur
    Autre photo
    Dernier exemple

    Je vous écris de mon bus couchettes, en route pour Hanoï, où j’espère trouver un hôtel. En effet, celui que j’avais retenu et qui a confirmé ma réservation, m’a annoncé la veille qu’il avait fait une erreur et n’avait pas de chambre ce soir là! Je lui ai dit de m’en trouver une, ce qu’il semble avoir fait; réponse demain!

  • Diên Biên Phu à Sapa

    Un des immeubles de Sapa
    Ce matin, début de promenade
    Premières rizières en terrasses
    Rizières
    Arrivée au village de Lao Chai
    Pilon utilisant la force motrice de l’eau
    Au premier plan ma tisseuse Hmong
    Vue générale
    Vue des rizières en terrasses

    Avant de vous parler de Sapa, je reviens sur mon voyage depuis Diên Biên Phu, car c’est la première fois que je voyage en bus couchettes. Il faut s’imaginer un fauteuil avec accoudoirs, placé en position allongée dans lequel vous vous glissez, comme dans un siège baquet, les pieds passant dans une ouverture placée sous le siège avant. Le siège étant légèrement incliné, ne serait-ce que pour que la tête puisse être en position de lecture, vos pieds butent au fond de la cavité et vous éprouvez le besoin, soit de fléchir les jambes, soit de vous redresser, soit de les sortir un peu alternativement, pour éviter de vous ankyloser.

    Finalement je vous écris du bus qui m’emmène à Ha Giang qui est la ville la plus au nord du Vietnam, à la frontière avec la Chine. Soit dit en passant, celui-ci est beaucoup plus confortable et les remarques que j’ai faites ci-dessus ne s’appliquent pas! Je me suis décidé hier soir, vu le temps moyen et lassé d’être harcelé par les villageoises, qui viennent constamment me supplier d’acheter leurs travaux de tissage.

    Hier donc, après avoir dormi entre 3 et 4 heures, mon hôte m’ayant ouvert la porte à 4 heures du matin; j’ai décidé vers 10 heures de me rendre à pied à Lao Chai et Ta Phin, ce qui représente un périple d’environ 22 km aller et retour. Sapa se trouve en hauteur et domine un panorama de rizières en terrasses qui, en l’absence de brouillard et à la saison où les rizières sont d’un joli jaune, doit être féerique. Les teintes à cette saison sont plutôt dans les vert et la brume qui monte, gomme en partie les contrastes. Sapa, au moment où je m’y trouve est en travaux sur tout l’axe principal pour l’enfouissement des fils électriques, par le passage de gaines dans les trottoirs; obligeant le piéton à passer sur la route, en compagnie des scooters, voitures et camions. Il y a en effet beaucoup de camions, car on construit partout sur les collines hôtels et résidences. Les hôtels sont parfois gigantesques et luxueux, ce qui est en train de transformer Sapa en un Monaco vietnamien.

    Les villages que nous traversons se trouvent tout en bas dans la vallée et le contraste est saisissant entre ce monde de touristes, résidant à Sapa et ces ethnies Hmong et Dzao qui vivent dans ces villages, dont les rues sont boueuses. Les photos du village ne reflètent pas la réalité que j’ai vue, quant aux couleurs; nous sommes accueillis par des étalages de sacs, écharpes, sets de table, et menus objets réalisés par les femmes de ces deux ethnies, qu’elles s’efforcent de vendre en accrochant le touriste. Manifestement la misère règne et le malaise vous saisit quand vous réalisez que ces pauvres gens, objets de notre curiosité, ne sont pas les bénéficiaires de la manne d’argent que nous apportons dans leur région. Peut-être et je l’espère, que les « homestay » installés maintenant dans ces villages, leur appartiennent, mais je n’en suis pas sûr.

    Une femme d’un certain âge, de l’ethnie Hmong m’a accompagné depuis Sapa jusqu’à Lao Chai, et comme elle parlait l’anglais, nous avons échangé quelques banalités. Arrivée à son village de Lao Chai, je lui ai acheté un sac tissé par elle et ai volontairement peu négocié le prix…

    À Ta Phin, terme de mon périple, je me suis arrêté manger pour 50000 dong (1€ =30000 dong), une bonne soupe aux nouilles et au Beuf. J’ai rencontré là Patrick et son ami mal voyant, dont je n’ai pas retenu le prénom, il me le pardonnera j’espère. Je me suis joint à eux pour revenir car ils avaient emprunté une autre route, ce qui me permettait de faire de nouvelles découvertes. Leur chemin était plat dans un premier temps, puis il rejoignait de façon très abrupte la direction de Sapa.

    Pont suspendu où la photo de votre serviteur a été prise
    Rivière prise du pont suspendu
    Photo prise par Patrick sur le pont suspendu
    Accueil près du pont suspendu
    Un étang en contrebas
    Magnifique patchwork de rizières
    Autre vue dominante
    Le soleil tente de percer la brume

    Après une très longue montée à assez forte inclinaison, nous parvenons à un point dégagé, depuis lequel je peux prendre une très belle vue, en dépit de la brume persistante. Quelques temps après, Patrick m’invite à visiter leur petit bungalow niché à mi-hauteur de Sapa, puis me remet sur mon chemin de retour. J’ai déjà fait 17 ou 18 km, mais ce qui me reste à parcourir, avant de rejoindre la route principale qui mène à Sapa, est un petit chemin plus abrupt que celui que je viens de prendre. Aussi arrive-je absolument épuisé à mon hôtel, d’autant que je manque de sommeil. Mon hôte ayant une boutique au rez de chaussée de sa Guesthouse, je remplace mes chaussures, exsangues, par de nouvelles, de fabrication indochinoise (22€) et surtout, sur les conseils de ma belle-sœur et en dépit de l’exiguïté de ma valise, je sacrifie à la mode en achetant un blouson North Face, genre blouson d’aviateur, Flight Series (10€) et un plus grand sac à dos et surtout plus pratique de la même marque (9€)..

    Ainsi paré je suis en route pour Ha Giang avant d’aller à Hanoï le 6 au soir par un bus de nuit.

  • Diên Biên Phu – 2ème jour – 2 décembre 2025

    Tranchées sur Éliane 2 ou A1
    Trachées Viet-Minh
    Le réduit français reconstitué
    La colline Eliane ou A1
    Ces dames m’ont demandé de poser avec elles
    La propagande du parti
    Montée vers le monument de la victoire
    Qui se trouve sur la colline Dominique
    Le monument
    Du haut de la colline, les montagnes au loin
    Le QG du général de Castries
    Reconstitution du QG
    Une des 4 pièces du QG
    Un des chars français capturés
    Le monument aux officiers et soldats français morts à Diên Biên Phu
    Monument sur la colline Gabrielle
    Vue de la colline Gabrielle

    On a surnommé le général Giap, le Napoléon vietnamien et c’est assez juste pour au moins deux raisons. La première c’est qu’il a compris que l’armée française était disséminée en de nombreux points à Diên Biên Phu, la seconde car il a refait Marengo au préjudice des français.

    En effet le général Navarre avait voulu rééditer une, voire deux opérations qui avaient réussi aux français; mettre en place une grosse base opérationnelle, à partir de laquelle ses forces, soutenues par des chars et surtout par l’aviation, pourraient porter des coups sévères, voire mortels, aux Viet-Minh, au Vietnam comme au haut Laos. Diên Biên Phou se trouve en effet sur l’axe qui relie ces deux pays.

    Il a donc établi ses forces dans la cuvette de Diên Biên Phu et pris soin d’occuper les collines avoisinantes, qu’il a surnommées joliment de prénoms féminins: Isabelle, Béatrice, Gabrielle, Eliane, Huguette, Dominique, etc. Ces collines sont parfois proches les unes des autres; parfois non, ainsi Gabrielle est distante d’Eliane de 6 km. Enfin son QG, où se trouvent les responsables des différentes armes: artillerie, génie, infanterie, etc., est séparé des collines et établi dans un bunker. L’aérodrome, qui doit recevoir marchandises, munitions et les renforts éventuels, se trouve à proximité du QG.

    Je me suis rendu sur les collines, Eliane, Dominique et Gabrielle, ainsi qu’au QG du général de Castries, commandant en chef la bataille, le général Navarre, son supérieur hiérarchique, n’étant pas sur place. La colline la plus haute, Dominique, ne dépasse pas 500 mètres et les autres sont plus modestes. Il y avait du brouillard, aujourd’hui comme souvent, mais le soleil, en se levant, m’a permis de vous faire une photo qui montre que ces collines sont elles-mêmes environnées de collines nettement plus hautes et que l’on aperçoit nettement.

    Jules Roy a écrit que les français se trouvaient dans le stade, quand les Viet-Minh occupaient les gradins. L’image est excessive, mais on pourrait dire que les français étaient dans le stade et occupaient les premiers gradins; les Viet-Minh occupaient ceux du haut.

    La stratégie première du général Giap, recommandée par leurs mentors les chinois, voire les soviétiques, était d’aller vite pour prendre d’assaut les positions françaises; mais le mauvais souvenir de la défaite de Nà San, l’avait conduit à revenir sur sa décision et à prendre le temps d’agir à coup sûr.

    On a compris que les français, d’une part avaient besoin de se coordonner entre eux et avec leur QG et d’autre part étaient tributaires de leur aviation et donc de leur aérodrome. En outre ils considéraient, d’où leur confiance, que les Viet-Minh étaient incapables d’amener des canons aussi loin de leurs bases, soit environ 500km. C’était compter sans la fourniture de ces canons en nombre par la Chine, leur démontage et leur transport en haut des collines surplombant, les « collines » françaises, par des volontaires vietnamiens des deux sexes, en très grand nombre. Cette action, rappelle celle des soldats de Napoléon, hissant dans des troncs d’arbre, les canons en haut des montagnes du Piémont italien, pour fondre sur les autrichiens.

    De même que les français ont étouffé le bruit des canons pour ne pas éveiller les soupçons des garnisons ennemies, les Viet-Minh parviennent à camoufler leurs mouvements aux yeux des français. Cette opération est un tour de force et va permettre de porter un coup sévère au dispositif français, par l’effet de surprise d’abord et en bombardant, aussi bien les positions françaises, l’aérodrome et les avions eux-mêmes; paralysant toute cohésion et soutien. La dissémination des français devient un handicap terrible, dès lors que l’aviation ne peut plus assurer le lien entre eux, ni les approvisionner, ni les secourir. Les Viet-Minh, suivant la technique de Napoléon, vont pouvoir réduire les différentes positions en détail. Il y a de l’ironie à penser que des généraux et hommes politiques, oublieux de leur histoire et pour les officiers supérieurs de leurs études, ont été battus avec des règles de guerre, enseignées dans les grandes écoles militaires et qui font notre gloire!

    Le travail de siège que les Viet-Minh ont dû faire pour prendre toutes les collines, montre à la fois leur opiniâtreté, leur abnégation, mais aussi la valeur des soldats français dans une position aussi défavorable.

    Après ce petit cours de stratégie militaire, je vous laisse regarder les photos. De l’avis de personnes rencontrées, les reconstitutions sont assez fantaisistes. Un projet de grande envergure est envisagé, en concertation avec la France, pour revoir entièrement la reconstitution in situ de cette bataille, notre Waterloo indochinois.

    Pour finir sur ce chapitre, il se trouve qu’en redescendant de la colline Éliane, une dame me demande de poser pour une photo commune. J’y ai vu une sorte de réconciliation entre les peuples. L’image a d’autant plus de force, qu’elle intervient à mon arrivée au Vietnam, moi qui descend d’un colon; comme une sorte de rédemption.

    Je vous écris du bus qui m’emmène à Sapa, au nord du Vietnam, le pays des rizières en terrasse.

  • Muang Khoua à Diên Biên Phu – 1er décembre 2025

    Notre bus d’époque
    Photo prise du bus
    Le monument de la victoire
    Les tombes des soldats Viet Minh
    Ombre chinoise représentant le général Giap
    Ombre chinoise à partir de métal agencé
    Panorama de la bataille de Diên Biên Phu
    Dito
    Dito
    Groupe de maisons
    Grand hôtel
    Autre groupe de maisons
    École probablement de l’époque coloniale
    Groupe de maisons
    Curieuse architecture
    Autre groupe de maisons
    Ramassage de poubelles
    71ème anniversaire de la bataille de Diên Biên Phu

    Comme d’habitude je me suis levé très tôt, pour être là près d’une heure et demie avant le départ effectif de notre bus. Comme vous le suggère la photo, celui-ci n’est pas de première jeunesse, et je le suspecte de dater de la fin de l’occupation du Laos. En tout cas, ses suspensions n’en ont plus que le nom, mais à sa décharge le parcours, défoncé en maints endroits, les a abondamment sollicitées. La route qui nous mène au Vietnam serpente autour des collines et monte continuellement jusqu’à la frontière; sans oublier un passage vers une carrière , qui ajoute la poussière à l’odeur de gaz d’échappement qui rentre dans l’habitacle. La végétation qui couvre les collines est partout blanchie par la poussière qui provient de la carrière, et que les nombreux véhicules qui circulent, dispersent partout. Les virages sont tellement serrés, que nous sommes constamment ballotés de droite et de gauche, sans oublier les ornières qui, en l’absence d’amortisseurs efficaces, provoquent des bruits sinistres du châssis et nous obligent à encaisser les chocs. Pourtant le paysage est grandiose; hélas les chaos sont tels et les vitres si sales, que c’est peine perdue que de vouloir immortaliser tant de splendeur.

    Arrivé à la douane, qui pour nous français est une formalité parce que nous n’avons pas besoin de visa; toutefois voyant un tunnel de sécurité pour les valises, je pense nécessaire de prendre les devants et sors mon couteau pour couper le bambou, acheté au sanctuaire d’éléphants. Le préposé en sort la lame, l’admire et me le rend; ouf. De l’autre côté de la frontière nous retrouvons notre bus et rechargeons nos valises. Soit dit en passant notre bus était aussi encombré de sacs à livrer et l’histoire ne dit pas s’ils ont été déclarés. En attendant nous avons redescendu la colline avec les mêmes virages en épingle à cheveux et le même inconfort. Nous avons effectivement fait un petit détour ou deux, pour faire descendre des autochtones et les fameux sacs. Nous avons même chargé un scooter qui a pris la place de nos sacs, relégués à la diable entre les sièges.

    Nous sommes donc arrivés sans encombre à notre destination où un taxi m’a conduit à mon hôtel, après m’avoir arrêté auprès d’un distributeur pour faire le plein de dôngs, monnaie locale. Ayant une chambre et du liquide il ne me reste plus qu’à acheter une carte SIM locale, le moyen le plus économique de disposer de data, souvent en 5 G, le tout pour 6€ environ pour un mois.

    Puisque je reste presque deux jours, je décide de visiter le cimetière des combattants vietnamiens, morts au combat, puis le Musée de la victoire de Diên Biên Phu, qui en est très proche. Je me réserve d’aller voir certaines collines où se sont déroulés les combats, demain matin et en début d’après-midi. C’est rien de dire que ce musée est un lieu de propagande communiste; le premier panneau nous le rappelle, comme le film à la gloire d’Hô-Chi-Minh et du général Giap. Non pas que ce qui y est dit soit inexact; mais certaines approximations et autres raccourcis, sont au service d’un message de propagande. Ainsi on passe sous silence les propositions faites par la France, comme ses succès antérieurs à la bataille. On surévalue la puissance de la France et surtout l’aide apportée par les États Unis; faisant ainsi mieux ressortir l’exploit, qui aurait résonné sur les cinq continents au dire de nos thuriféraires, d’un Vietnam/David, terrassant Goliath/les grandes puissances. Dans le musée on montre la solidarité des femmes et des hommes du Vietnam pour acheminer vivres, armes et munitions et on glorifie le sacrifice suprême des héros de la révolution. De même on souligne l’aide énorme apportée par les américains; or on sait qu’elle a été mesurée vers la fin. On nous montre le Vietnam ne se défendant qu’avec des moyens dérisoires et surtout issus de sa débrouillardise. Ainsi quand ils possèdent des armes un peu plus sophistiquées, c’est qu’ils les ont prises aux français.

    Or on sait maintenant que certes nos troupes et celles de nos alliés vietnamiens, n’étaient pas entraînées comme celle du Viet Minh, que la stratégie militaire était hasardeuse, que les militaires n’avaient pas été informés que l’Indochine serait sur la table des négociations de Genève, comme la Corée. Or ce dernier point n’avait pas échappé à Hô-Chi-Minh, qui voulait frapper un grand coup à Diên Biên Phu, pour peser dans les négociations de Genève. Si effectivement les combattants Viet Minh étaient affûtés et motivés, l’aide apportée par la Chine dans cette bataille a été décisive; elle a été fortement accentuée dans les derniers mois, au moment où, à l’inverse les américains montraient peu d’empressement pour remettre la France en possession de son Empire en Extrême Orient.

    Si, par hasard on nous montre un canon, il manque pour cette fois un petit écriteau nous indiquant sa provenance.

    En outre le film laisse entendre que la bataille de Diên Biên Phu débouche sur l’Indépendance de l’Indochine, ce qui est faux. La France avait d’ores et déjà proposé une Union, sorte de Commonwealth , et créé un état du sud Vietnam, qui comme le Nord Vietnam, le Laos et le Cambodge, serait dans l’Union en lien avec la France. L’indépendance du Sud Vietnam est venue par elle, autrement dit sans l’intervention des Viet Minh et il y a eu deux états, l’un communiste, l’autre non. On connaît la suite avec la guerre du Vietnam où les américains ont soutenu le Sud Vietnam et combattu les Viet Minh. Certes Hô-Chi-Minh a obtenu l’indépendance du Nord Vietnam mais pas d’un Vietnam uni en 1954. D’ailleurs quand les français, à la suite des accords de Genève, ont évacué le nord Vietnam, 800000 personnes du Nord se sont réfugiées au sud.

    Il faudra encore beaucoup de temps pour que cette histoire puisse être écrite à deux.

    Finalement je vais prendre un bus de nuit pour arriver à Sepa jeudi à 3 heures du matin.

  • Nong Khiaw à Muang Khoua

    Mes adieux de Nong Khiaw

    Mon hôtesse, qui s’est montrée si charmante et serviable, m’a demandé, avant de partir que nous posions pour une photo souvenir. Elle est originaire d’Hanoï et m’a fait quelques recommandations de visites au Nord Vietnam, que j’espère avoir le temps de faire. J’ai désormais une lectrice du haut Laos et un couple d’Italiens, avec lesquel j’ai pris mon petit déjeuner.

    Ce matin j’ai constaté que quelqu’un s’était connecté à mon blog depuis l’Arabie Saoudite. Il est vrai que souvent je croise des personnes qui partent en sens inverse et sont intéressées d’avoir une idée de ce qu’elles vont découvrir. C’était le cas hier soir de deux français qui allaient au sud du Laos.

    Départ de Nong Khiaw en bateau
    Les rivages couverts de forêts
    Vue sur les collines avant Muang Ngoi
    Autre belle vue
    Maison avec tressage en bambou
    Bateaux de pêcheurs
    Très jolie maison sur pilotis
    Le barrage est en vue
    Petit bâtiment en bambous tressés
    Une petite fille prise au vol
    Petit bourg, près de Muang Khoua
    Fin d’après-midi

    La navigation vers Muang Khoua se fait en deux temps inégaux. Le bateau se dirige d’abord vers Muang Ngoi, petite bourgade distante d’une heure environ de Nong Khiaw et qui offre les plus beaux panoramas. Pendant longtemps, on conserve la vue des hautes collines, que l’on a découvertes à Nong Khiaw. les photos prises vers le sud, autrement dit pour nous à l’arrière du bateau, sont celles qui offrent les plus beaux contrastes. Les rivages sont souvent bordés d’arbres fruitiers et notamment de pomelos, sorte de pamplemousse qui est très répandu au Laos, comme d’ailleurs au Cambodge. Bien sûr on y voit des maisons en bois sur pilotis, des haies de bambous tressés qui délimitent les plantations, des animaux et des barques de pêcheurs. Généralement les habitants des bords de l’eau sont pêcheurs, quand ils ne sont pas pilotes de bateaux pour transporter des passagers autochtones ou des touristes. Sans doute, comme dans nos régions les moniteurs de ski, ont-ils une double ou triple activité.

    Au bout d’une heure, le bateau s’arrête pour débarquer les passagers pour Muang Ngoi et en reprendre d’autres qui vont à Muang Khoua, comme moi. la deuxième partie va durer près de 5 heures et il faut donc s’armer de patience. Le début pour nous reste agréable car notre bateau est large et nous ne sommes pas trop nombreux. Mais depuis l’installation d’un barrage sur cette rivière, il faut au bout d’une heure et demie, descendre du bateau avec son bagage, remonter la rive sablonneuse et escarpée pour retrouver un van. Celui-ci charge bagages et passagers et nous contournons le barrage. Ce parcours est très court mais, vous l’avez compris, nécessite de décharger le bateau, charger puis décharger le van et enfin recharger le nouveau bateau. L’opération est bien orchestrée car c’est le van qu’avaient pris des passagers dans l’autre sens, que nous allons occuper à notre tour et nous allons échanger nos bateaux. Ainsi les allées et venues ne s’arrêtent jamais, tant qu’il fait jour. Cette deuxième partie va s’avérer moins agréable, car le bateau que nous reprenons derrière le barrage est plus petit et surtout, plus étroit.

    Aussi ne suis-je pas fâché de voir descendre un couple de laotiens au bout d’une heure, dégageant par la-même de la place pour me détendre les jambes et m’assouplir un peu le dos.

    Le paysage lui a changé, car autour de nous désormais le vert est partout: celui de la rivière, des collines couvertes de forêts ou des jardins potagers. Les photos font ressortir les collines en miroir sur la rivière; la réalité de nos yeux est moins nette et l’eau n’offre pas cette transparence que donne la photographie; elle donne à voir plutôt des nuances de vert, dont la transition des unes aux autres est plus douce, plus insensible ou plus progressive. On s’attache désormais plus au détail de l’architecture d’une maison ou d’un simple abris. Ainsi admirez le tressage en bambous d’une cloison de maison ou d’un modeste bâtiment de remise, ou encore de cette maison sur pilotis qui semble comme un balcon sur la rivière.

    Sans oublier les enfants qui nous font signe, car on vient apporter de la fantaisie ou de la nouveauté dans leur journée. Ils sont toujours très beaux et je suis fier, bien que ma photo soit volée, d’avoir saisi la vérité de ce peuple de l’eau, à travers ma photo d’une petite fille serrant son manteau contre elle.

    Mais nous arrivons à Muang Khoua et il va faire nuit. Demain je prends le bus à 7 heures pour Diên Biên Phu, je suis tout près de la frontière avec le Vietnam.

  • Luang Prabang à Nong Khiaw – 29 novembre 2025

    Décidément ce voyage tient toutes ses promesses, quant aux aventures petites et grandes qu’il me réserve! Parti ce matin dans un tuk-tuk, affrété par mon hôtel et sans billet; je suis invité, ainsi qu’un autre passager, parmi les derniers arrivés, à descendre du tuk-tuk et à rejoindre un camion, déjà bourré de passagers, où je prends la place de bagages, hâtivement enlevés par leurs propriétaires, du siège qu’ils occupaient. Je suis d’ailleurs mieux installé que la veille où j’ai dû me cramponner tout le trajet sur une fesse, pour rester dans le tuk-tuk.

    Nous faisons ainsi environ 5 kilomètres, au cours desquels notre chauffeur fait grincer de façon inquiétante sa boîte de vitesses, à chaque changement de rapport. Il a d’ailleurs déjà calé le moteur et a eu ensuite du mal à enclencher la première. Brusquement le phénomène se reproduit et il lui est impossible de faire entendre raison à la boîte de vitesses, rétive à toute nouvelle tentative. Pourtant il ne ménage pas sa peine et descend plusieurs fois pour regarder sous son véhicule, en vain. Il faut se rendre à l’évidence, nous n’irions pas plus loin. Une des jeunes filles du groupe, lui demande, via l’application Google translate, s’il a commandé un autre van pour nous prendre en charge; ce à quoi il répond qu’un collègue va nous prendre d’ici dix minutes. Les dix minutes passent plusieurs fois; nous sommes toujours sur le trottoir, environnés de nos bagages, quand enfin un van se présente.

    Il ouvre le coffre et en sort …une barre de remorquage, ou supposée telle. Le camion est sauvé et nous restons à guetter, comme Anne dans Barbe bleue et ne voyons « que le soleil qui poudroie…».

    Enfin, après une heure d’attente, arrive un autre van , dans lequel nous prenons place avec nos bagages. La bonne nouvelle, c’est que nous ne rejoignons pas le bus, mais manifestement nous rendons directement à Nong Khiaw.

    La rivière Nam Ou en contrebas

    À défaut de pouvoir naviguer sur la rivière Nam Ou depuis Luang Prabang, nous la longeons pendant très longtemps, avant de nous en écarter pour rejoindre notre destination du jour, Nong Khiaw. Nous la suivons pendant suffisamment longtemps pour admirer un paysage, dont nous sommes abstraits, parfois par des massifs ou des maisons; alors que nous pourrions en jouir pendant tout notre voyage, si la rivière était toujours navigable sur cette portion depuis Luang Prabang. Je suis également frustré, de ne pouvoir m’arrêter pour admirer ces rizières devant les maisons, qui forment autant de parcelles qu’il y a de propriétaires et partant un admirable patchwork. En contrepoint, devant les maisons dont les façades sont baignées de soleil, le riz a été étalé sur des bâches pour sécher.

    La rivière Nam Ou vue du pont
    Les maisons qui la bordent
    De l’autre côté les bateaux dont le mien

    Mais la frustration est largement compensée par la beauté du site, où que l’on se tourne depuis le pont. À propos de frustration, je me rends compte que je vais devoir faire des choix, car j’ai sous-estimé le temps des transports d’un point à un autre; a fortiori quand on s’arrête souvent, ce qui est mon cas et qu’en outre on veut prendre des bateaux lents. Si je ne séjourne qu’un jour, il me faut en réalité deux nuits, sauf à partir très tôt, ce que les horaires ne permettent pas toujours. C’est pourquoi, bien que le village de Muang Ngoi soit charmant, je ne vais qu’y passer en bateau, pour rejoindre Muang Khoua, qui ne l’est pas, mais depuis lequel je peux rejoindre en bus Diên Biên Phu. Pour ce faire je vais partir tôt en bus le lendemain, pour commencer la visite le jour même et faire le reste en un jour. Ensuite j’irai à Sapa, bien sûr mais pour combien de jours ? Terrible dilemme sur lequel je vais me pencher.

    Demain je prends donc le bateau qui est à 11 heures et rejoint Muang Khoua en 5 heures. J’arriverai, comme aujourd’hui peu de temps avant la nuit. Il est vrai qu’aujourd’hui je suis arrivé plus tôt, mais il me fallait programmer mes déplacements des jours à venir, or je ne parvenais pas à joindre directement les hôteliers de Muang Khoua. Après que je m’en sois ouvert à mon hôtesse, celle-ci s’est proposée de téléphoner aux hôtels et de réserver ma chambre. Non seulement elle me l’a réservée, mais elle a poussé l’obligeance jusqu’à avancer le paiement, que l’hôtelier exigeait d’avance. Inutile de dire que je l’ai chaudement remerciée.

  • Retour à Luang Prabang

    La nuit tombe sur Pakbeng
    Le bateau quitte Pakbeng
    Dernière vue des rochers et des collines
    Les enfants jouent avec rien
    Les adultes se ravitaillent par le fleuve

    Juste un petit message pour vous dire que je suis bien parti de Pakbeng ce matin, sans réserver mon billet chez mon hôte; d’autres voyageurs m’ayant dit que je pourrais le prendre à l’embarcadère.

    Je m’y suis donc présenté, ayant traîné ma valise jusque là et après avoir fait en route de petits achats, pour assurer mon petit déjeuner et déjeuner sur le bateau. Je suis monté sur le bateau, sans même un ticket, le pilote m’ayant précisé que je paierai plus tard. J’ai attendu une heure qu’il se remplisse, comme d’ailleurs un deuxième. Le nôtre, plein le premier, est parti à 9 heures pour une croisière de 7 heures et par un petit air vif. D’ailleurs, pour la circonstance, j’avais remis mes affaires d’hiver, y compris un Damart et une polaire, qui n’était pas de trop. Dans ces bateaux, ouverts à tous vents, on est rafraîchis en permanence et je n’étais pas le seul à être emmitouflé!

    Pas grand chose à dire sur ce voyage, car ayant déjà fait l’aller, je me suis plongé dans la lecture de la guerre du Vietnam de 1949 à 1954; j’en suis justement à Diên Biên Phu, où je serai très bientôt.

    Je pars demain pour Nong Khiaw, où je prendrai le bateau.

  • Pakbeng 2ème jour – 27 novembre 2025

    Soleil couchant sur le Mékong
    Le Mékong
    Hôtel du Elephant Sanctuary
    Point de départ de la visite
    Paillotes
    Première rencontre

    Je vous écris devant le Mékong au soleil couchant; le panorama qui ouvre cet article est celui que je contemple en écrivant ces lignes, après une journée formidable passée dans une réserve naturelle de 85 hectares de l’autre côté du fleuve.

    Ce projet de réimplantation d’éléphants, dans cette magnifique région préservée du Laos à Pakbeng, est porté par Wendy et son compagnon Hervé. Elle s’occupe du parc aux éléphants et lui de l’hôtel, établissement magnifique dont toutes les chambres donnent sur le Mékong et accessoirement, matin et soir, sur les ablutions des pachydermes.

    Comme les étrangers ne peuvent pas acheter de biens au Laos, le parc est géré par une association franco laotienne. L’association française partenaire a obtenu qu’aucun investissement supérieur à 1000$ ne puisse se faire sans son aval. Ainsi un pachyderme qui vaut 30000$ vivant et hélas 20000$ mort, ne pourrait être vendu. La démarche de Wendy est d’autant plus cruciale qu’au pays du million d’éléphants, il n’en resterait qu’entre 600 et 800.

    Le sanctuaire a recueilli, en réalité acheté, des éléphants qui travaillaient dans différents pays et qui avaient été séparés. Ainsi deux sœurs et leur nièce se sont retrouvées après une très longue séparation. Les éléphants, comme les humains ont des relations familiales très étroites et pérennes. Ainsi les retrouvailles après 15 ans de séparation ont été extraordinaires, tant l’impatience des animaux témoignait de leur émotion.

    Le sanctuaire replace ces animaux dans leur milieu naturel, dont l’espace est en relation avec leur besoin de nourriture et de liberté de mouvement. Un éléphant en effet mange 250 kg d’une grande variété d’espèces de feuilles; dont certaines ont une vertu médicinale; quant à leur besoin de se déplacer pour leur santé physique et mentale, il réclame aussi un espace suffisant. Le Sanctuaire loue la surface nécessaire au bien être des animaux, environ 10 ha par éléphant et a la possibilité de s’étendre. La reproduction de ces animaux est très complexe car elle suppose de connaître le cycle d’ovulation des femelles dont la période est très réduite, tout en disposant d’un mâle en état de procréer; ce qui ne va pas de soi.

    En effet les animaux en captivité perdent des facultés naturelles et vivent moins longtemps qu’un animal en liberté et de surcroît médicalement suivi. La raison en est que les animaux en captivité ne disposent pas de la même diversité alimentaire, sont parfois surexploités, voire maltraités. La longévité d’un éléphant en liberté est comparable à celle d’un homme: 75, voire 80 ans et plus; alors qu’elle peut n’être que de 45 ans en captivité.

    Pour que ces éléphants puissent vivre en liberté, tout en ne saccageant pas les cultures ou installations environnantes, chaque pachyderme a un cornac, qui le…; mais surtout qui forme avec lui un tandem inséparable. Les cornacs sont des laotiens qui pour certains sont issus d’une longue lignée; toutefois de nouvelles vocations se sont déclarées.

    Wendy peut se montrer fière d’avoir, contre vents et marées, dans un pays où les femmes n’ont pas le même statut que les hommes, créé 21 emplois à plein temps autour des éléphants, quand partout on ne propose que des emplois saisonniers. D’ailleurs les laotiens se sont montrés totalement incrédules à l’idée que des gens paient pour voir des animaux dans leur milieu naturel, sans monter dessus, ni leur donner à manger.

    Le projet est doublement vertueux, car s’il sauve des éléphants et par la même réintroduit d’autres espèces animales, en quelque sorte « cornaquées» par les premiers; il maintient aussi sur place des familles qui, faute de travail, quitteraient Pakbeng.

    En outre le projet métisse les savoirs apportés historiquement par les occidentaux, comme les analyses de sang, faites régulièrement; avec la connaissance ancestrale des vertues des plantes offerte par les cornacs laotiens.

    Les trois femelles éléphant
    L’éléphant mâle
    La douche
    La confection des boulettes de vitamines
    Le parage des pieds
    Le soin des oreilles
    Le contrôle des dents

    Après la séance de contrôle de la dentition, indispensable aux éléphants pour se nourrir et vivre longtemps; nous assistons au contrôle des pieds, à leur parage (on enlève une partie de la corne des ongles), à l’examen de leurs oreilles.

    Le bain dans le Mékong

    Après ce vaste préambule nous sommes partis à la recherche des éléphants; car ici la démarche est inversée et il nous faut attendre qu’ils acceptent de faire notre connaissance. Certes ils y sont incités par quelques épis de maïs, voire des bananes, dont on sait qu’ils sont friands. D’ailleurs toute l’action du cornac se fait par l’incitation, jamais par la contrainte et encore moins par la punition ou les sévices. Il en est ainsi pour les inciter à prendre un chemin, faire leur visite vétérinaire, leur prélèvement sanguin, etc.

    Comme je soulignais la collaboration étroite entre la politique éthique de l’association menée par Wendy et les cornacs; elle se traduit notamment par le fait que ce sont ces derniers qui nous font découvrir les plantes qui composent les boulettes de vitamines, préparées pour les éléphants. Ils nous montrent aussi comment les couper et les mélanger à l’aide d’un pilon, sorte de martinet manuel (en réalité actionné au pied.

    Comme la Plantation à Kampot dont je vous parlais au Cambodge, l’association de Wendy emploie à l’année des artisans tapissiers, forgerons, vanniers, dont les produits sont vendus dans la boutique. Tout le personnel est employé toute l’année, alors que le Sanctuaire ne reçoit pas de visiteurs la moitié de l’année. Or il n’y a pas d’entreprise, quelles que soient ses valeurs, qui ne repose sur un modèle économique; aussi faut-il saluer cette performance.

    Une fois le mélange réalisé dans le pilon, nous sommes invités à réaliser les boulettes dont les différents ingrédients ont été mélangés avec du riz. Ces boulettes ainsi confectionnées et disposées dans un grand plat en osier, vont sécher quelques jours avant d’être données aux éléphants.

    Cerise sur le gâteau, le compagnon de Wendy, Hervé a découvert que son arrière grand-père avait vécu ici à Pakbeng, ce qui a décidé de sa vocation. Or cet arrière grand-père a vécu à la même époque que mon grand-père. Nous avons évidemment échangé nos adresses et une relation devrait s’établir entre le beau-père de Wendy et moi. Il n’y a décidément pas de hasard; cherchez et vous trouverez.

    Enfin il ne reste plus à nos éléphants qu’à prendre un bain bien mérité dans la Mékong, devant nos yeux, avec en toile de fond les collines boisées qui bornent notre vue.

    Le départ
    La rencontre
    Les deux sœurs
    La baignade

    Demain retour à Luang Prabang en slow boat.