Pakbeng 2ème jour – 27 novembre 2025

Soleil couchant sur le Mékong
Le Mékong
Hôtel du Elephant Sanctuary
Point de départ de la visite
Paillotes
Première rencontre

Je vous écris devant le Mékong au soleil couchant; le panorama qui ouvre cet article est celui que je contemple en écrivant ces lignes, après une journée formidable passée dans une réserve naturelle de 85 hectares de l’autre côté du fleuve.

Ce projet de réimplantation d’éléphants, dans cette magnifique région préservée du Laos à Pakbeng, est porté par Wendy et son compagnon Hervé. Elle s’occupe du parc aux éléphants et lui de l’hôtel, établissement magnifique dont toutes les chambres donnent sur le Mékong et accessoirement, matin et soir, sur les ablutions des pachydermes.

Comme les étrangers ne peuvent pas acheter de biens au Laos, le parc est géré par une association franco laotienne. L’association française partenaire a obtenu qu’aucun investissement supérieur à 1000$ ne puisse se faire sans son aval. Ainsi un pachyderme qui vaut 30000$ vivant et hélas 20000$ mort, ne pourrait être vendu. La démarche de Wendy est d’autant plus cruciale qu’au pays du million d’éléphants, il n’en resterait qu’entre 600 et 800.

Le sanctuaire a recueilli, en réalité acheté, des éléphants qui travaillaient dans différents pays et qui avaient été séparés. Ainsi deux sœurs et leur nièce se sont retrouvées après une très longue séparation. Les éléphants, comme les humains ont des relations familiales très étroites et pérennes. Ainsi les retrouvailles après 15 ans de séparation ont été extraordinaires, tant l’impatience des animaux témoignait de leur émotion.

Le sanctuaire replace ces animaux dans leur milieu naturel, dont l’espace est en relation avec leur besoin de nourriture et de liberté de mouvement. Un éléphant en effet mange 250 kg d’une grande variété d’espèces de feuilles; dont certaines ont une vertu médicinale; quant à leur besoin de se déplacer pour leur santé physique et mentale, il réclame aussi un espace suffisant. Le Sanctuaire loue la surface nécessaire au bien être des animaux, environ 10 ha par éléphant et a la possibilité de s’étendre. La reproduction de ces animaux est très complexe car elle suppose de connaître le cycle d’ovulation des femelles dont la période est très réduite, tout en disposant d’un mâle en état de procréer; ce qui ne va pas de soi.

En effet les animaux en captivité perdent des facultés naturelles et vivent moins longtemps qu’un animal en liberté et de surcroît médicalement suivi. La raison en est que les animaux en captivité ne disposent pas de la même diversité alimentaire, sont parfois surexploités, voire maltraités. La longévité d’un éléphant en liberté est comparable à celle d’un homme: 75, voire 80 ans et plus; alors qu’elle peut n’être que de 45 ans en captivité.

Pour que ces éléphants puissent vivre en liberté, tout en ne saccageant pas les cultures ou installations environnantes, chaque pachyderme a un cornac, qui le…; mais surtout qui forme avec lui un tandem inséparable. Les cornacs sont des laotiens qui pour certains sont issus d’une longue lignée; toutefois de nouvelles vocations se sont déclarées.

Wendy peut se montrer fière d’avoir, contre vents et marées, dans un pays où les femmes n’ont pas le même statut que les hommes, créé 21 emplois à plein temps autour des éléphants, quand partout on ne propose que des emplois saisonniers. D’ailleurs les laotiens se sont montrés totalement incrédules à l’idée que des gens paient pour voir des animaux dans leur milieu naturel, sans monter dessus, ni leur donner à manger.

Le projet est doublement vertueux, car s’il sauve des éléphants et par la même réintroduit d’autres espèces animales, en quelque sorte « cornaquées» par les premiers; il maintient aussi sur place des familles qui, faute de travail, quitteraient Pakbeng.

En outre le projet métisse les savoirs apportés historiquement par les occidentaux, comme les analyses de sang, faites régulièrement; avec la connaissance ancestrale des vertues des plantes offerte par les cornacs laotiens.

Les trois femelles éléphant
L’éléphant mâle
La douche
La confection des boulettes de vitamines
Le parage des pieds
Le soin des oreilles
Le contrôle des dents

Après la séance de contrôle de la dentition, indispensable aux éléphants pour se nourrir et vivre longtemps; nous assistons au contrôle des pieds, à leur parage (on enlève une partie de la corne des ongles), à l’examen de leurs oreilles.

Le bain dans le Mékong

Après ce vaste préambule nous sommes partis à la recherche des éléphants; car ici la démarche est inversée et il nous faut attendre qu’ils acceptent de faire notre connaissance. Certes ils y sont incités par quelques épis de maïs, voire des bananes, dont on sait qu’ils sont friands. D’ailleurs toute l’action du cornac se fait par l’incitation, jamais par la contrainte et encore moins par la punition ou les sévices. Il en est ainsi pour les inciter à prendre un chemin, faire leur visite vétérinaire, leur prélèvement sanguin, etc.

Comme je soulignais la collaboration étroite entre la politique éthique de l’association menée par Wendy et les cornacs; elle se traduit notamment par le fait que ce sont ces derniers qui nous font découvrir les plantes qui composent les boulettes de vitamines, préparées pour les éléphants. Ils nous montrent aussi comment les couper et les mélanger à l’aide d’un pilon, sorte de martinet manuel (en réalité actionné au pied.

Comme la Plantation à Kampot dont je vous parlais au Cambodge, l’association de Wendy emploie à l’année des artisans tapissiers, forgerons, vanniers, dont les produits sont vendus dans la boutique. Tout le personnel est employé toute l’année, alors que le Sanctuaire ne reçoit pas de visiteurs la moitié de l’année. Or il n’y a pas d’entreprise, quelles que soient ses valeurs, qui ne repose sur un modèle économique; aussi faut-il saluer cette performance.

Une fois le mélange réalisé dans le pilon, nous sommes invités à réaliser les boulettes dont les différents ingrédients ont été mélangés avec du riz. Ces boulettes ainsi confectionnées et disposées dans un grand plat en osier, vont sécher quelques jours avant d’être données aux éléphants.

Cerise sur le gâteau, le compagnon de Wendy, Hervé a découvert que son arrière grand-père avait vécu ici à Pakbeng, ce qui a décidé de sa vocation. Or cet arrière grand-père a vécu à la même époque que mon grand-père. Nous avons évidemment échangé nos adresses et une relation devrait s’établir entre le beau-père de Wendy et moi. Il n’y a décidément pas de hasard; cherchez et vous trouverez.

Enfin il ne reste plus à nos éléphants qu’à prendre un bain bien mérité dans la Mékong, devant nos yeux, avec en toile de fond les collines boisées qui bornent notre vue.

Le départ
La rencontre
Les deux sœurs
La baignade

Demain retour à Luang Prabang en slow boat.

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