























Me voilà enfin installé confortablement dans le bus, en route pour Santiago. Ce ne fût pas sans mal en raison d’une organisation très approximative des chauffeurs. Je vais donc vous raconter ma journée d’hier de Muxia à Fisterra
Fin prêt à 6h15, je m’apprête à quitter l’albegue quand je m’aperçois qu’il tombe des cordes, façon tempête. Le temps était si beau la veille que je n’avais pas pensé à regarder la météo. Quant à remettre ce voyage, voire l’annuler, cela semble compliqué car toutes mes réservations sont faites pour transporter le sac, loger le soir et les retours de dimanche et lundi. Je consulte donc la météo et constate que la pluie devrait progressivement diminuer dans les heures qui viennent. J’extirpe de mon sac principal ma cape de pluie, remise ma polaire dans celui-ci et passe mon coupe vent sous la cape pour le cas où la pluie se transforme en petite bruine. Pendant ce temps la pluie a beaucoup ralenti et je décide de partir, il est 6h30.
Il est très difficile de s’orienter de Muchia à Fisterra, mais la situation finit par s’éclaircir car je rejoins un chemin où se juxtaposent les indications dans un sens pour Muxia, d’où je viens et Fisterra, où je vais.
Les autorités de Muxia considèrent en effet que leur ville est l’aboutissement du complément de Santiago. C’est ainsi que le cachet est celui de la fin du pèlerinage; il n’est pas question de Fisterra. En conséquence quand vous quittez Muxía, vous n’avez aucune indication pour rejoindre Fisterra. Certes le point zéro que vous quittez vous conduit à reprendre l’avenue principale pour sortir de ce petit Finistère. Mais il fait nuit et heureusement que vous pouvez vous repérer grâce au GPS de l’application Buen Camino; car quand il faut changer d’orientation, vous ne disposez d’aucune flèche jaune, pancarte ou borne. En outre la nuit, la pluie de nouveau battante et votre téléphone à la main, vous tâtonnez pour vous éclairer de votre lampe frontale vacillante.
Après une heure et demie, vers 8 heures, la pluie cesse et le jour se lève. Je commence à guetter un bar car, bien que pourvu de quelques gâteaux, j’aspire à une boisson chaude et à un endroit sec. Il se présente enfin sous la forme d’un bar minuscule qui vient juste d’ouvrir. Je commande mon menu habituel et prends aussi le jus d’orange, bien que mon interlocutrice ait fait tout son possible pour m’en dissuader, en me disant que ce n’est pas un jus frais. Si elle savait que chez nous il est bien rare de se faire servir une orange pressée aussi facilement qu’en Espagne!
Bien restauré je reprends ma route et commence à rencontrer des pèlerins en sens inverse et en dépasse d’autres devant moi. Ces derniers sont peu nombreux, en raison de l’heure matinale. Après quelques virages je retrouve la mer que j’avais longée auparavant. Je ne suis pourtant pas encore arrivé car je dois traverser quelques villages pour enfin aborder les faubourgs de Fisterra et rejoindre mon albergue, très au sud de Fisterra, en direction de l’église et du phare.
Y étant enfin parvenu, j’ai comme hier à attendre mon sac que j’ai précédé! Pas de sac, pas de douche. Je prends mon mal en patience en choisissant les photos qui illustreront cette étape puis, mon sac arrivé, je prends ma douche et entreprends d’abord d’obtenir mon Certificat après avoir pris le menu du jour, sous le signe du poisson: soupe de poisson et saumon grillé sur des pommes de terre.
En effet l’office de tourisme de Fisterra délivre à tous les pèlerins un certificat attestant, passeport et credential à l’appui, que vous avez accompli votre pèlerinage de votre point de départ à Fisterra. La préposée écrit votre nom de sa plus belle écriture sur un document de belle allure, qui rejoindra bientôt les deux autres, soigneusement roulés dans le cylindre de carton, acheté à cet effet à Santiago.
Décidé à acheter enfin une coquille Saint Jacques, je demande à mon hôte où s’en procurer. Il m’indique la plage, où à marée basse, il s’en trouve comme disent les périgordins s’agissant des cèpes. Je me dirige donc vers cette plage, devant laquelle je suis passé la veille et commence patiemment, pieds dans l’eau, à rechercher la précieuse coquille. Finalement j’avise une dame qui m’en montre une petite dont elle me fait cadeau. Je sais maintenant ce que je cherche, mais reste perplexe car celle qu’elle m’a donnée est la partie plate; or qu’en est-il de la partie convexe? J’avise un pêcheur et lui montre des coquillages striés, un peu comme des coquilles Saint Jacques, mais qui en diffèrent à la base. Il m’explique qu’avec ceux-ci les enfants, en les frottant l’un sur l’autre, provoquent des sons. Il me donne, lui aussi une petite coquille Saint Jacques plate. Je reviens à mes recherches et en trouve enfin successivement deux petites plates. Alors que je continue de chercher d’autres trésors, je vois arriver mon pêcheur qui me dit, j’ai eu de la chance et me montre trois coquilles Saint Jacques convexes, dont deux grandes. L’une est de type européenne me dit-il, les deux autres de Fisterra, dont une grosse de couleur blanche. Il me tend les trois coquilles que je veux payer; ce qu’il refuse en me les offrant. Je ne suis pas sûr qu’il venait de les trouver, mais en revanche, ce dont je suis sûr, c’est que j’ai vraiment une bonne étoile qui me guide.
Savez-vous qu’autrefois les pèlerins qui venaient, souvent de très loin, à Compostelle, poursuivaient le chemin jusqu’à la mer pour ramasser une coquille qu’il rapportait chez eux pour prouver à tous qu’ils étaient bien allés à Compostelle? C’est à vrai dire, ce que j’ai fait; car la seule petite coquille que j’ai achetée sur le chemin au début; je l’ai laissée comme je crois vous avoir déjà raconté cette histoire.
Le temps d’apporter mes trouvailles dans mon sac, bien à l’abri, et me voilà en quête de l’église Santa Maria, où se déroule la messe des pèlerins et la bénédiction à l’issue de celle-ci ci. Je me familiarise de plus en plus à l’espagnol et rien ne m’échappe cette fois-ci du prêche du prêtre, originaire d’un pays d’Amérique du Sud; son prêche en anglais en revanche est plus impénétrable, tant à cause de son accent, que des approximations de son anglais.
Il est temps pour moi de revenir vers le port pour dîner avant de me diriger vers le phare, distant de 2 à 3 km. J’ai prévu d’y être avant 20h28, heure du coucher du soleil à Fisterra le 20 septembre. Peu avant 20 heures je commence la montée vers le phare, en compagnie de nombreux pèlerins, sans compter les cars et les voitures qui conduisent des touristes vers le phare et cette attraction de la soirée. Je m’installe tout au bout de la jetée, derrière le phare, sur une petite plate-forme, sans personne devant moi pour masquer la vue du soleil couchant.
C’est sans doute le dernier moment émouvant pour moi, car le coucher du soleil évoque la fin ultime du chemin parcouru depuis le 6 avril au Puy. Mentalement je rapproche ces deux images; celle de la sortie de la cathédrale du Puy qui s’ouvre sur un chemin qui se perd vers l’horizon et ce soleil qui s’y couche. J’ai accompli ce parcours dans un délai, plus long que prévu initialement, mais suffisamment court pour qu’il constitue une césure significative dans ma vie.
Merci de m’avoir suivi et encouragé, je vous dirai demain dans le train de Santiago à Burgos, quel est mon projet pour le dernier trimestre, projet que je souhaite aussi partager avec ceux que cela intéresse.
Muxia à Fisterra et le phare: 31 km
Cumul depuis Le Puy : 1657 km
Demain retour vers Burgos et Cendrieux











































































































































