Phnom Penh – 31 octobre 2025

La coupole du marché central
Le marché central

Me voilà enfin à Phnom Penh dont j’ai entendu parler toute mon enfance; une sorte de paradis perdu pour ma grand mère, mon père et ma tante. Pays inaccessible et sans retour de surcroît, car déchiré par la guerre, puis par Pol Pot, occupé par le Vietnam, exsangue. Quand le pays s’ouvre, ma vie d’adulte me commande d’autres priorités, le temps passe, mon destin bascule, alors je me décide car cela me semble impérieux.

Certes je suis déjà au Cambodge depuis plusieurs jours, mais pas dans un lieu aussi chargé de sens que Phnom Penh. Or la ville a beaucoup changé, particulièrement ces dix dernières années; des buildings se sont construits comme ailleurs, y compris dans le centre de la ville. La ville compte 2,3 millions d’habitants et grouille en permanence de monde. Les scooters sont si nombreux qu’il faut accepter de s’engager sur les grandes artères en deux fois au moins, au risque de voir défiler, devant et dernière soi, les voitures et deux roues, alors que vous vous tenez au milieu de la chaussée.

Comme à Siem Reap ou Battambang, il y a peu de feux et quand il y en a, beaucoup de deux roues n’en ont cure; sauf que la circulation et la largeur des voies sont sans commune mesure.

Quand on s’écarte de ces axes, on peut se perdre, comme à Venise, dans un lacis de ruelles tortueuses où vie une population affairée à de multiples activités. D’ailleurs ce qui frappe, c’est à la fois la densité de la population, la frénésie de la circulation incessante et le nombre infini des lieux où l’on peut manger. Au marché bien sûr, mais aussi le long de toutes les rues, où se trouvent de petites échoppes, sur des tuk-tuk ou des scooters, dans de minuscules boutiques avec une cuisinière affairée devant celles-ci et enfin dans une grande quantité de restaurants. En effet les cambodgiens ne cuisinent pas, aussi viennent-ils, à tout moment de la journée, grignoter quelque chose.

La liste de ce qu’on trouve est infinie: poissons, coquillages, crabes, viandes cuites de toutes sortes et sous toutes les formes, légumes, condiments, fruits innombrables, gâteaux, sucreries, jus de fruits variés, boissons, etc.

Ma liste est évidemment incomplète et mes observations ne relèvent que de l’espace d’un après midi et encore.

Si j’ai commencé par le marché central, qui ressemble plutôt sur la photo aux Galeries Lafayette, ce n’est pas pour illustrer mon propos ; car vous vous diriez que j’ai rêvé. En réalité cette partie du marché est consacrée aux bijoux et donc…moins prise d’assaut et surtout moins encombrée.

Car ce bâtiment a une histoire qui se rapporte à mon grand père; non qu’il l’ait construit, car c’est l’œuvre d’architectes français; mais en tant que membre de la chambre de commerce de Phnom Penh, il a participé à sa création. Ce bâtiment date des années 30 et a été conçu en béton en profitant des techniques déjà éprouvées en métropole (si je puis dire). Mon grand père connaissait bien les Halles de la ville de Reims, réalisées en béton armé, classées depuis par Jacq Lang; aussi avait-il fait parvenir à Phnom Penh par son frère, tous les éléments qui avaient permis la réalisation des halles rémoises. Nous possédons ainsi dans la famille les plans de coupe du marché de Phnom Penh.

Cordonnier à qui j’ai fait recoller mes chaussures de toile
Les Messageries fluviales autrefois
Café Brown de Phnom Penh, anciennes Messageries fluviales
Intérieur du café

Après avoir fait de menus achats au marché et recoller mes chaussures de toile pour 0,75 dollars par un cordonnier, présent comme de multiples petits métiers, pris un jus de fruits avec Sébastien; je me suis mis en quête du bâtiment des anciennes messageries fluviales à Phnom Penh que dirigeait mon grand-père. Ce bâtiment est aujourd’hui occupé par un café chic et se trouve sur le quai Sisovath. Il ne donne plus aujourd’hui directement sur le Tonlé Sap, car un bâtiment a été construit devant et il est également complètement enserré entre deux « nouveaux » bâtiments; de même qu’il n’y a plus un vaste jardin derrière où mon père et sa sœur pouvaient jouer tout à leur aise en raison de sa taille immense (selon le souvenir d’enfants ou adolescents). En outre le 1er étage, qui constituait l’appartement de fonction, ne fait pas partie du café et a sans doute été alloté. J’ai donc pris un café qui m’a coûté 2 dollars; c’est donc bien un café chic et, ou branché. Je n’ai malheureusement pas avec moi la photo des Messageries fluviales, sinon je l’aurais placée là à titre de témoignage du passé. Toutefois, le manque de recul, la césure entre le commerce et l’étage, la verdure très abondante devant, rendraient la comparaison difficile.

Voici, envoyée par ma sœur, la photo des Messageries fluviales du temps de mon grand-père, prise sous le même angle.

Le Tonlé Sap
Le quai qui borde le Tonlé Sap
Scène de rue
Scène de rue
Entrée d’hôtel chic
Ballons pour les enfants
Animation à l’heure du dîner

Demain je vous parlerai du Palais Royal et du Musée de Phnom Penh, que je dois visiter avec Sébastien et son épouse.

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