
























Si cette dernière journée de marche a commencé comme les précédentes, sur un chemin bordant la route et en grande partie de nuit; tout a changé quand je suis arrivé à Hospital de Orbigo. Cette ville, par le charme de son pont qui nous accueille au premier regard, est la récompense du pèlerin qui chemine déjà depuis près de 12 km.
D’ailleurs, avant de rejoindre le pont je suis abordé par la guardia civil, en la personne d’un gendarme, bien de chez nous, qui me demande fort civilement comment se passe le pèlerinage, d’où je viens et qui, découvrant que je suis français, me propose le cachet de la guardia civil. C’était en outre son dernier jour de « travail » et il n’était pas fort emballé de revenir dans un bureau en France, lui qui passe sa journée en compagnie d’une belle « gendarmette », au soleil de León. C’est la deuxième fois que je rencontre la guardia civil, spécialement en charge de la sécurité des pèlerins et en binôme des deux sexes. J’avais d’ailleurs fait la réflexion après Roncevaux au gendarme français, qui m’avait interpellé, qu’il était agréablement accompagné car la gendarme était charmante.
Bref, trêve de badinage, et passons le pont qui rappelle toutes les époques et notamment un épisode survenu en 1434, où don Suero, fort amoureux de Doña Leonor de Tovar, sollicita de son roi l’autorisation d’organiser un tournoi. Pour conquérir la belle il défia tous les chevaliers de venir rompre la lance avec lui sur le pont d’Orbigo, jusqu’à ce qu’il soit parvenu à rompre 300 lances. Il y parvint bien sûr et épousa sa dame. Cette histoire, toute espagnole, ajoute au charme particulier d’un lieu qui n’en manque pas.
Une fois le pont passé, sans lance briser, nous suivons un chemin qui serpente dans un paysage de maïs ou de céréales, sans oublier les élevages de brebis. Puis nous montons régulièrement dans des chemins, mi-pierreux, mi-sableux, qui nous conduisent finalement, une fois passé le dernier village, San Juan de la Vega, au sommet couronné d’une croix blanche.
Cet instant est impressionnant et émouvant et sans doute les prémices du « Mont-joie » que nous pousserons plus tard en apercevant Santiago au loin. À ajouter à la liste de ces moments tels que la vue des Pyrénées ou celle de Burgos, cette vision au loin d’Astorga, est un grand moment. Il est vrai que la vue est assez dégagée car il nous reste encore au moins 3 km à parcourir.
Nous cheminons d’abord sur un chemin qui nous évite la traversée des faubourgs d’Astoga, avec en permanence l’objectif visible de la cathédrale qui se rapproche lentement. Puis nous grimpons sur une passerelle qui, de degré en degré, en montant puis en descendant, nous permet de passer au dessus de la ligne de chemin de fer, dernier obstacle pour entrer dans la ville.
Là objectivement, nous sommes dans un endroit vraiment charmant où de nombreux monuments méritent un détour. Le premier qui s’offre à notre vue est la Mairie, d’époque baroque, avec son horloge et ses personnages qui battent les heures, comme celle de Venise, en plus modeste. Ensuite le Palacio Gaudi, consacré aux chemins de Compostelle et surtout la cathédrale qui est réellement sublime à l’extérieur et grandiose à l’intérieur. Imaginez-vous un immense quadrilatère à trois travées, dont celle du milieu est plus haute que les deux latérales. La hauteur des voûtes d’ailleurs est immense et cette cathédrale, de style gothique tardif, est pourvue tout autour de chapelles, consacrées à des saints, archanges, à la Vierge ou bien sûr au Christ. Chaque chapelle est enrichie d’un retable et « enrichie » est un euphémisme , tant il y a là profusion d’or et de personnages, sans oublier les colonnes torsadées ou leónaises du plus pur style baroque; tout cela donne à l’ensemble un éclat exceptionnel. Le nombre de ces chapelles est très grand, aussi ne vous en ai-je montré que quelques-unes, ainsi que le gigantesque retable baroque qui occupe le chœur de la cathédrale et qui est une synthèse entre l’apport de Michel-Ange et le style espagnol. Au revers de ce retable se trouve un autre chœur formé de stalles en bois dont tous les personnages sont différents et d’un buffet d’orgue tout enrichi d’or, dont certains tuyaux surgissent à l’horizontal et qui est surmonté de nombreux personnages, comme autant de sculptures, donnant à cet ensemble un effet absolument exceptionnel.
Je ne vous ai pas parlé du Musée de la cathédrale, dont je n’ai toujours pas compris l’ordonnancement, mais qui, comparé à la cathédrale, n’offre pas autant d’intérêt. Il faut aussi aller voir le cloître, qui a moins de charme que les cloîtres romans ou Renaissance car il est d’époque classique.
Ne pas manquer le lion écrasant l’aigle, monument à la gloire des héros qui ont défendu Astorga dans les années 1809/1810 des envahissements des armées napoléoniennes. Il y a également des vestiges de murs romains, d’une villa romaine et un musée consacré à la vie au temps des romains. Pour les gourmands et afin d’être complet, il est possible de visiter un musée consacré à la chocolaterie, spécialité de la ville. Le chocolat fondant, je ne prends pas le risque d’en acheter pour vous en rapporter.
Je vais maintenant occuper mon temps, en attendant le train qui me ramènera à Burgos, puis à Perigueux et enfin à Cendrieux où mes enfants doivent me rejoindre. Mon retour sur le chemin est prévu le 8 ou le 9 septembre, cette fois pour l’achever.
Villadongos del Pàramo à Astorga : 27 km
Cumul depuis Le Puy : 1261 km
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